Le conglomérat Dangote Group a franchi une nouvelle étape déterminante dans l’ambitieuse expansion de sa raffinerie de pétrole, la plus grande d’Afrique. Lundi 16 février, le groupe dirigé par l’homme d’affaires Aliko Dangote a officialisé un contrat majeur de 400 millions de dollars avec le constructeur chinois XCMG Construction Machinery Co. Cet accord porte sur l’acquisition d’équipements lourds destinés à soutenir le programme d’augmentation de la capacité de l’usine, qui doit passer de 650 000 à 1,4 million de barils par jour.
L’objectif affiché est clair : une fois les travaux achevés, cette infrastructure située à Lagos ne sera plus seulement la première d’Afrique, mais deviendra la plus grande raffinerie au monde. Elle dépasserait ainsi le complexe indien de Jamnagar, qui affiche une capacité de 1,24 million de barils par jour. Ce nouvel investissement vise à doter Dangote Group d’engins de dernière génération pour accélérer le chantier et assurer la mise en service complète de cette phase d’extension dans un délai de trois ans. L’entreprise affirme que ces machines viendront renforcer le parc existant pour fluidifier l’exécution des travaux, tant dans le raffinage que dans d’autres secteurs comme la pétrochimie ou les infrastructures.
Ce programme d’extension ne se limite pas au seul raffinage. Il prévoit un bond significatif dans la pétrochimie, avec une production de polypropylène qui devrait presque tripler pour atteindre 2,4 millions de tonnes par an. Dans le même temps, Dangote ambitionne de devenir le premier producteur mondial d’urée, en triplant sa production au Nigeria pour la porter à 9 millions de tonnes annuelles, en complément de son unité éthiopienne. Le groupe entend également dominer le marché africain des alkylbenzènes linéaires, des composants clés pour les détergents, dont la capacité sera portée à 400 000 tonnes par an. Cette stratégie industrielle verticale vise à maximiser la valeur ajoutée sur le sol nigérian et à réduire une dépendance chronique aux importations de produits raffinés et dérivés du pétrole.
La mise en service de la raffinerie en 2024, après des années de reports et de défis logistiques, avait déjà marqué un tournant pour le Nigeria, pays paradoxalement gros importateur de carburants malgré ses immenses réserves pétrolières. L’usine a depuis commencé à inonder le marché local et à exporter du kérosène vers les États-Unis, l’Europe et le Brésil. Cette nouvelle phase d’expansion s’inscrit donc dans la vision à long terme d’Aliko Dangote : transformer le Nigeria en un hub énergétique régional capable d’exporter des produits raffinés vers le reste de l’Afrique et au-delà, tout en consolidant son emprise sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
Pour financer cette démesure industrielle, dont le coût total n’est pas divulgué, le groupe table sur un mix combinant son propre flux de trésorerie, des levées de fonds sur le marché boursier local et l’ouverture partielle du capital de la raffinerie. L’introduction en Bourse de 5 à 10 % des actions sur le Nigerian Exchange est envisagée. Cette manœuvre pourrait non seulement attirer des investisseurs stratégiques, notamment du Moyen-Orient, mais aussi renforcer la transparence de la gouvernance du joyau du groupe. Pour Dangote, qui vise une valorisation de son empire à 100 milliards de dollars d’ici 2030, cet investissement chinois est une pièce maîtresse. Il doit asseoir définitivement sa souveraineté industrielle et propulser le Nigeria au rang de place forte du raffinage mondial, un pari colossal dans un contexte de transition énergétique globale.



