Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a conclu mardi 17 février à Alger un déplacement de 48 heures qui marque un réchauffement significatif du dialogue sécuritaire entre la France et l’Algérie. Initialement centrée sur des échanges techniques, cette visite inattendue a été couronnée par un entretien avec le président Abdelmadjid Tebboune, signe d’une volonté politique partagée de remettre à plat des relations bilatérales mises à l’épreuve ces derniers mois.
Les discussions entre Laurent Nuñez, son homologue algérien Saïd Sayoud et les responsables des services de sécurité ont principalement porté sur des dossiers sensibles et opérationnels. La lutte contre le terrorisme, la criminalité transnationale et le narcotrafic ont été au cœur des échanges, tout comme la question migratoire, notamment la gestion des ressortissants algériens sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Pour Paris, l’enjeu était clair : obtenir des garanties concrètes et renouer un fil de travail jugé essentiel pour la sécurité des deux pays.
Ce déplacement s’inscrit dans un contexte de tensions diplomatiques récurrentes entre les deux capitales. Depuis plusieurs mois, les contentieux liés à la mémoire, à la coopération judiciaire et aux flux migratoires avaient considérablement refroidi les relations, laissant craindre une paralysie durable des canaux de dialogue traditionnels. La visite de Laurent Nuñez, qui n’était pas inscrite à l’agenda officiel, intervient donc comme une tentative de dégel pragmatique, recentrant les échanges sur des intérêts communs immédiats.
L’avenir de cette coopération repose désormais sur la capacité des administrations à traduire en actes les engagements pris. Laurent Nuñez s’est félicité d’une reprise d’un « dialogue de très haut niveau » et d’un travail « réenclenché » sur les plans judiciaire, policier et du renseignement. Si cette dynamique se confirme, elle pourrait ouvrir la voie à une gestion plus fluide des dossiers sensibles et à une normalisation progressive des échanges, même si les sujets de friction structurels restent en suspens.
Il est à noter que ce réengagement sécuritaire n’a pas permis d’aborder l’ensemble des contentieux bilatéraux. Le cas du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis mai 2024, n’a pas été évoqué lors des prises de parole publiques du ministre français. Cette absence du débat public lors de la visite souligne que si le canal sécuritaire se rouvre, les dossiers les plus sensibles liés aux libertés publiques et à la justice restent, pour l’instant, cantonnés aux coulisses de la diplomatie.



