La Côte d’Ivoire s’apprête à injecter 300 millions de dollars dans la transformation de son agriculture. L’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER) a officialisé l’adoption d’un plan stratégique couvrant la période 2026-2030, destiné à moderniser en profondeur les pratiques sur le terrain. Cette enveloppe vise à répondre à un double défi : nourrir une population croissante et réduire la dépendance du pays aux importations alimentaires.
Concrètement, le programme se décline en quatre axes majeurs. Il s’agit d’abord de renforcer la compétitivité des filières en améliorant la qualité et les rendements. L’ANADER prévoit également un accompagnement personnalisé des producteurs, avec un conseil agricole de proximité, afin de diffuser les bonnes pratiques. L’accès aux intrants et à la mécanisation, souvent cité comme un frein par les petits exploitants, est un autre pilier du projet. Enfin, l’ambition est de promouvoir un développement rural intégré, qui ne se limite pas à la seule production, mais prenne en compte l’ensemble de l’écosystème villageois. Les efforts porteront principalement sur les cultures vivrières stratégiques telles que le riz, le maïs, le manioc et les productions maraîchères, sans oublier le secteur de l’élevage.
Ce plan s’inscrit dans un contexte de prise de conscience des vulnérabilités du modèle agricole ivoirien. Longtemps focalisé sur les cultures d’exportation (cacao, café, hévéa), le pays a négligé ses filières vivrières, ce qui se traduit par une facture d’importation alimentaire encore trop lourde. Par ailleurs, le défi de l’emploi des jeunes et l’exode rural poussent l’État à repenser l’attractivité des métiers de la terre. L’ANADER, bras séculier de l’État pour le développement rural, se voit ici confier la mission de corriger ces déséquilibres, en s’appuyant sur une vision moins extensive et plus intensive de l’agriculture.
Si les objectifs affichés sont clairs, la réussite du programme dépendra de sa mise en œuvre sur le terrain. L’accent mis sur la digitalisation et l’utilisation de drones laisse entrevoir une agriculture ivoirienne plus connectée, capable de collecter des données précises pour mieux anticiper les crises. Toutefois, le pari est aussi social : il faudra s’assurer que ces innovations ne creusent pas le fossé entre les grandes exploitations et l’immense majorité des paysans qui travaillent sur de petites surfaces. L’enjeu sera de rendre ces technologies accessibles et de former une main-d’œuvre souvent vieillissante à leur usage.
Derrière les annonces technologiques, c’est bien la question de la résilience des populations rurales qui est posée. Le changement climatique et l’instabilité des marchés mondiaux imposent une refonte des systèmes de production. En ciblant le conseil personnalisé et l’intégration du développement rural, l’État ivoirien semble vouloir corriger le tir après des décennies de politiques agricoles parfois trop sectorielles. Reste à savoir si cette manne de 300 millions de dollars parviendra jusqu’aux producteurs de base sans être diluée dans des lourdeurs administratives, un écueil classique dans ce type de grands programmes.



