Le FMI pose ses valises à Libreville pour un examen approfondi des comptes publics. Ce mercredi 25 février, une délégation du Fonds monétaire international a entamé une mission de dix jours au Gabon. L’objectif affiché est d’évaluer la situation macroéconomique du pays et d’identifier les réformes structurelles nécessaires. Cette visite technique intervient dans un climat de défiance des investisseurs, alors que les indicateurs financiers du pays virent au rouge vif.
La mission se déroule sous la pression des agences de notation. À la veille de l’arrivée des experts du FMI, l’agence Fitch Ratings a une nouvelle fois alerté sur le « risque inhérent » d’un défaut de paiement du Gabon. En décembre dernier, elle avait déjà dégradé la note souveraine de Libreville à CCC–, une catégorie qui traduit un risque de crédit élevé. Fitch pointe du doigt un « endettement excessif » alimenté par « l’augmentation des dépenses publiques pour répondre aux pressions sociales ». Selon leurs projections, la dette publique devrait dépasser les 85 % du PIB cette année, contre 73 % en 2024.
Ce réveil brutal des indicateurs a provoqué un changement de cap stratégique à la tête de l’économie gabonaise. En quelques semaines, le nouveau ministre de l’Économie, Thierry Minko, a opéré un revirement sémantique et politique majeur. Rompant avec la ligne de son prédécesseur, il a annoncé son intention de mettre en œuvre un « programme économique de croissance avec l’appui du Fonds monétaire international ». Une main tendue qui tranche avec la défiance affichée par les précédentes autorités de la transition vis-à-vis des institutions de Bretton Woods.
Si la visite actuelle vise officiellement à « collecter des données », selon le ministère de l’Économie, elle constitue en réalité le prérequis indispensable à d’éventuelles négociations. Pour l’heure, le FMI reste prudent et affirme n’avoir reçu aucune demande officielle de programme de la part de Libreville. Cette étape technique permettra toutefois de déterminer le périmètre des réformes nécessaires et le niveau réel du déficit, condition sine qua non à la conclusion d’un éventuel accord de financement.
L’enjeu pour le gouvernement gabonais dépasse la simple assistance technique. Un accord avec le FMI est aujourd’hui perçu par les investisseurs internationaux comme le seul sésame pour restaurer la crédibilité du pays et éviter une crise de liquidités. Sans ce tampon, le risque de voir le Gabon ne pas honorer ses échéances financières, notamment sur l’eurobond arrivant à maturité, reste élevé. Cette visite de dix jours s’apparente donc à un examen de passage dont l’issue déterminera la marge de manœuvre réelle des autorités pour concilier rigueur budgétaire et impératifs sociaux hérités de la transition politique.



