Le constat est implacable : pour combler le déficit annuel de financement des infrastructures, estimé à plus de 100 milliards de dollars, l’Afrique doit impérativement mobiliser ses propres ressources. C’est le message fort porté par le ministre burkinabè de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, à l’occasion de la 3e édition du Forum international sur l’investissement boursier (FIIB). Face à la dépendance chronique aux capitaux extérieurs, il a plaidé pour une refonte en profondeur des places boursières du continent afin d’en faire de véritables leviers de souveraineté économique.
Pour M. Nacanabo, les bourses africaines ne remplissent pas encore leur rôle de moteur du développement. Si elles doivent en priorité améliorer leur liquidité pour attirer les investisseurs, leur principal défi est ailleurs. « Nos marchés doivent devenir de véritables instruments de financement des États africains », a-t-il insisté, pointant du doigt une image « élitiste » qui les coupe des besoins réels des économies nationales. L’objectif est clair : permettre aux pays de lever des fonds sur leurs propres places financières pour financer des projets structurants, sans avoir à subir les aléas et les conditionnalités des financements internationaux.
Cette prise de position s’inscrit dans un contexte de fragilité économique accrue pour de nombreux pays de la zone franc, dont le Burkina Faso, confrontés à des défis sécuritaires et à une dette croissante. La recherche de financements innovants et souverains est devenue une priorité stratégique. Historiquement conçus comme des vitrines pour quelques grandes entreprises, les marchés régionaux comme la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) sont aujourd’hui sommés de se réinventer pour répondre aux besoins pressants des États et du secteur privé local.
L’avenir des places boursières africaines se jouera donc sur leur capacité à se démocratiser et à innover. Le développement de la finance numérique, thème central de ce forum, est perçu comme une piste majeure pour élargir la base des investisseurs et fluidifier les transactions. À terme, l’enjeu est de taille : créer un cercle vertueux où l’épargne locale, aujourd’hui trop souvent thésaurisée ou placée à l’étranger, soit massivement orientée vers le financement du développement du continent. La transformation prônée par le ministre burkinabè, si elle aboutit, pourrait redéfinir les rapports de force financiers et offrir aux États africains une marge de manœuvre budgétaire inédite.



