Alger durcit le ton sur le dossier mémoriel. Alors que les relations avec Paris traversent une période de turbulences, un sénateur algérien a relancé le débat en appelant à une « criminalisation » de la colonisation française. Pour Mehenni Haddadou, membre du Conseil de la nation, il ne s’agit plus de simples regrets, mais d’une exigence de justice historique qui conditionne l’avenir du lien bilatéral.
Dans une déclaration à Africa Presse, l’élu a qualifié la colonisation de « système fondé sur la répression, la spoliation des terres et l’effacement de l’identité ». Il a explicitement appuyé la position du Front des forces socialistes (FFS), un parti historique de l’opposition, qui milite pour que toute normalisation des rapports franco-algériens passe par une reconnaissance explicite de ces actes en tant que crimes. « Les formules de regret ou les approches partielles de la mémoire ne sont plus acceptables », a-t-il insisté, balayant les gestes symboliques jugés trop timides de Paris.
Cette prise de parole s’inscrit dans un contexte de crispation diplomatique durable entre les deux rives de la Méditerranée. Les dossiers sensibles s’accumulent, du soutien controversé au plan d’autonomie du Sahara occidental au resserrement des liens français avec le Maroc, en passant par les difficultés d’obtention de visas pour les ressortissants algériens. La question mémorielle, loin d’être un simple débat d’historiens, est devenue un marqueur politique central pour Alger, qui estime que la France n’a pas soldé les comptes de ses 132 années de présence.
Le projet de loi mémoriel évoqué par le sénateur dépasse le simple cadre algérien. Mehenni Haddadou lui donne une « portée continentale », affirmant que les peuples africains sont en droit de réclamer la criminalisation de cette période historique. Cette approche pourrait faire écho dans d’autres nations du Sahel ou d’Afrique de l’Ouest, où les discours sur la souveraineté et la rupture avec les anciennes puissances coloniales gagnent du terrain. Elle ouvre également la voie à des demandes plus concrètes, comme la restitution des archives et des biens culturels spoliés.
Derrière la fermeté du discours se dessine une stratégie algérienne visant à redéfinir les termes du partenariat avec la France. En liant explicitement l’avenir des relations bilatérales à la reconnaissance des « crimes coloniaux », Alger cherche à placer le débat sur un terrain juridique et moral, et non plus seulement économique ou sécuritaire. Reste à savoir si cette pression aboutira à des avancées concrètes, comme l’ouverture d’archives classifiées ou l’amorce de discussions sur les réparations, ou si elle cristallisera un peu plus les positions dans l’impasse.



