Plus de trois mois après l’attentat visant Saif al Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant libyen, le parquet libyen a officiellement identifié trois suspects. Pourtant, aucun d’eux n’a été interpellé. L’équipe de défense de l’héritier de l’ancien régime dénonce une enquête entravée et des explications officiles qu’elle juge insuffisantes.
Selon l’avocat Khaled al Zaidi, les trois suspects sont formellement identifiés par la justice, mais les mandats d’arrêt émis en mars restent lettre morte. Les autorités libyennes invoquent des difficultés sécuritaires et la protection des fugitifs par des groupes armés locaux. La défense réclame des actes concrets, notamment l’application immédiate des décisions judiciaires et la poursuite de toute entité protégeant les mis en cause.
Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est fragmentée entre autorités rivales et milices puissantes. Saif al Islam, un temps détenu par une brigade de Zintan, est réapparu en 2021 après avoir été gracié. Visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, il reste néanmoins une figure potentielle de ralliement pour certains cercles tribaux et nostalgiques de l’ancien régime. Son parcours accidenté illustre l’impasse judiciaire chronique qui caractérise la transition libyenne.
Si la situation perdure, l’enlisement de cette affaire risque d’alimenter la défiance envers les institutions judiciaires libyennes, déjà affaiblies. Des groupes tribaux et organisations de jeunesse proches de l’ancien régime mettent en garde contre une résurgence de tensions locales. L’absence de résultats tangibles pourrait également servir de justification à d’autres acteurs pour régler leurs comptes par la force, aggravant l’insécurité chronique dans l’ouest du pays.
Plus de quatorze requêtes ont été déposées par les avocats de Saif al Islam pour obtenir l’accès aux preuves et aux données médico légales. Ils redoutent que la détérioration de ces éléments n’handicape définitivement la procédure. Cette opacité nourrit les soupçons d’ingérence politique dans le dossier. Selon des sources locales, certains responsables sécuritaires craindraient d’arrêter des suspects liés à des milices influentes, de peur de déclencher des affrontements armés.
L’affaire révèle un phénomène plus large : l’incapacité de l’État libyen à imposer son monopole de la violence. Identifier des suspects sans pouvoir les interpeller revient à exposer la faiblesse chronique d’un pouvoir judiciaire théoriquement souverain. Pour les Libyens fatigués par une décennie de chaos, ce dossier est un miroir des promesses non tenues de la transition. Sans une intervention décisive des autorités, le message envoyé aux groupes armés sera clair : l’impunité reste la règle.



