Les États-Unis et Israël ont lancé samedi à l’aube une série de frappes contre l’Iran, visant des sites stratégiques et entraînant la mort du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Cette offensive militaire, menée sans mandat international, marque une escalade majeure au Moyen-Orient et bafoue ouvertement les principes du droit international. L’opération intervient dans un contexte de tensions extrêmes, alors que Téhéran participait ces derniers jours à des négociations à Genève sous médiation omanaise.
L’attaque survient après plusieurs semaines de déploiement militaire américain dans la région, notamment deux porte-avions positionnés dans le golfe Persique, et des ultimatums répétés de Donald Trump à l’encontre du régime iranien. Les frappes ont particulièrement ciblé les Gardiens de la révolution, force paramilitaire placée sous l’autorité directe du Guide suprême. En représailles, Téhéran a immédiatement riposté par des tirs de missiles vers Israël et d’autres cibles régionales. L’administration Trump justifie cette intervention par la nécessité de mettre fin au programme nucléaire iranien et de renverser un régime qualifié de « menace pour la stabilité mondiale ».
Cette agression militaire s’inscrit dans une séquence historique troublante, marquée par une instrumentalisation cynique des pourparlers diplomatiques. Comme lors de l’été précédent où Israël avait frappé l’Iran en pleines négociations, les discussions de Genève servaient de paravent à une préparation militaire. Le régime iranien, affaibli par la perte de son allié syrien et la guerre des Douze Jours de juin 2025, reste néanmoins une puissance régionale dotée de la 14e armée mondiale et d’un réseau d’alliés – houthis, milices irakiennes, Hezbollah, Hamas – constituant l’« axe de la résistance ». La République islamique porte une lourde responsabilité dans la répression de son peuple, les exécutions massives de 1989, la destruction d’un vol d’Ukrainian Airlines en 2020 et son soutien indéfectible à Bachar al-Assad en Syrie.
L’objectif affiché de Washington et Jérusalem est clair : provoquer un changement de régime à Téhéran et démanteler définitivement le programme nucléaire iranien. Mais cette stratégie du choc repose sur un pari risqué. L’Iran conserve des capacités de projection et une influence sur l’ensemble du théâtre moyen-oriental. La mort de Khamenei, figure centrale du système politique iranien depuis trente-sept ans, ouvre une période d’incertitude majeure. Les réactions en chaîne impliquant les alliés régionaux de Téhéran pourraient embraser une zone déjà meurtrie par des décennies de conflits.
Le paradoxe est saisissant : alors que des centaines de milliers d’Iraniens à travers le monde réclament la chute de la théocratie qui les opprime, cette intervention étrangère place les aspirations démocratiques du peuple iranien sous tutelle des intérêts stratégiques américains et israéliens. « Le désespoir pousse un peuple farouchement indépendant à solliciter les ennemis jurés de son oppresseur », analyse Pierre Pahlavi, professeur au Collège des forces canadiennes de Toronto.
Plus troublant encore, la réaction des capitales occidentales. Le Canada et les pays européens condamnent la riposte iranienne tout en soutenant l’offensive israélo-américaine, sans paraître gênés par la contradiction. Ce deux poids deux mesures offre une caution inespérée au discours du Kremlin, qui martèle depuis quatre ans que la légitimité d’un changement de régime par la force dépend uniquement du camp qui l’opère. L’ordre international de l’après-guerre, déjà fragilisé, achève de se désintégrer dans ce nouveau cycle de violence où la logique des rapports de force écrase toute considération juridique ou morale.



