Samedi 28 février, au lendemain des frappes conjointes israéliennes et américaines contre son territoire, l’Iran a mis sa menace à exécution en interdisant de fait l’accès au détroit d’Ormuz. Par des messages radio adressés aux navires, Téhéran a signifié aux pétroliers et cargos qu’ils n’étaient plus les bienvenus dans ce passage stratégique, par où transite environ 20 % de l’offre mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié. La décision a immédiatement fait bondir les cours du brut.
Dès l’annonce de ce blocus de fait, les grands armateurs internationaux tels que Maersk et CMA-CGM ont ordonné à leurs flottes de se mettre en sécurité. Dans la foulée, le prix du baril de Brent a grimpé pour atteindre 82 dollars, contre 72 dollars vendredi, avant le déclenchement des hostilités. Si aucun navire n’a été formellement arraisonné, au moins deux bâtiments ont essuyé des tirs, confirmant la détermination des Gardiens de la Révolution à verrouiller cette artère vitale large de seulement 33 kilomètres dans sa partie la plus étroite.
La région du Golfe persique concentre les plus vastes réserves d’hydrocarbures de la planète, et le détroit d’Ormuz en est l’inévitable goulot d’étranglement. Les pipelines terrestres permettant de contourner cette route maritime ont une capacité trop limitée pour absorber les flux. Pour l’Iran, contrôler cette porte est donc un levier géopolitique de premier ordre. En fermant le robinet, Téhéran ne prive pas seulement le monde de sa propre production, mais prend également en otage celle de ses voisins arabes, les poussant ainsi à faire pression pour une désescalade.
À très court terme, l’approvisionnement mondial n’est pas en péril grâce aux stocks stratégiques des pays consommateurs. Cependant, la durée du blocage est la grande inconnue. Si l’Iran persiste, les États-Unis, hostiles à une flambée des prix de l’énergie qui pénaliserait leur économie et leur électorat, pourraient être tentés d’intervenir militairement pour rouvrir la voie d’eau. Pour l’heure, ni les sites de production ni les raffineries n’ont été ciblés, ce qui laisse espérer une crise avant tout commerciale. La surproduction pétrolière actuelle pourrait par ailleurs jouer un rôle d’amortisseur.
Derrière l’impact global sur le marché de l’or noir, ce sont les économies asiatiques qui tirent la sonnette d’alarme. Le Japon importe 90 % de son brut via ce détroit, et la Chine la moitié, notamment celui en provenance d’Iran. L’Europe est, elle, moins exposée directement. Par capillarité, d’autres secteurs pourraient souffrir, comme celui des engrais (un tiers de la production mondiale de soufre et d’ammoniac passe par Ormuz) ou de la pétrochimie, la région assurant 15 % de l’approvisionnement mondial en polyéthylène.
Face à la volatilité ambiante, les investisseurs se sont rués vers les valeurs refuges comme l’or et les dettes d’État. Les places financières de Dubaï et d’Abou Dhabi, particulièrement sensibles à la stabilité régionale, ont d’ailleurs pris les devants en annonçant leur fermeture jusqu’à nouvel ordre pour éviter une panique boursière. Dans ce climat d’incertitude, le monde observe avec inquiétude ce détroit devenu l’épicentre d’une crise énergétique qui pourrait, si elle s’éternise, asphyxier une reprise économique mondiale déjà fragile.



