Le gouvernement nigérian a franchi une étape décisive dans sa quête de diversification économique en signant un accord d’investissement de 1,3 milliard de dollars avec l’Africa Finance Corporation (AFC). Ce partenariat stratégique vise à cofinancer trois projets structurants pour le secteur des minéraux solides, dont la construction d’une raffinerie d’alumine de grande envergure. Le ministre du Développement des minéraux solides, Dele Alake, n’a pas hésité à qualifier cet engagement de « jalon historique », le présentant comme le plus important investissement minier privé jamais réalisé dans le pays.
L’épine dorsale de cet accord réside dans la construction d’une raffinerie d’alumine d’une capacité de traitement d’un million de tonnes de bauxite par an. Conçue pour fonctionner à 95 % de ses capacités sur deux décennies, l’installation devrait produire 19 millions de tonnes d’alumine. Au-delà de ce projet phare, la feuille de route inclut une cartographie géoscientifique nationale et la création d’un véhicule d’investissement conjoint destiné à accélérer l’exploration et la mise en valeur des actifs miniers à travers le territoire.
Cette signature intervient dans un contexte où Abuja tente depuis des années de réduire sa dépendance historique aux hydrocarbures, dont la volatilité des prix a souvent mis à mal les finances publiques. Le secteur des minéraux solides, bien que regorgeant de ressources, est resté embryonnaire et dominé par l’exploitation artisanale. En s’associant à l’AFC, une institution financière panafricaine de premier plan, le gouvernement entend envoyer un signal fort aux investisseurs internationaux : le Nigeria est désormais ouvert aux grands projets capitalistiques dans ce secteur, grâce à une réglementation modernisée et un climat des affaires sécurisé.
Les retombées économiques annoncées sont spectaculaires. Selon les projections officielles, le projet pourrait injecter 1,2 milliard de dollars par an dans le produit intérieur brut (PIB) et générer plus de 25 milliards de dollars sur l’ensemble de son cycle de vie. À cela s’ajoute une manne de 8 milliards de dollars en devises étrangères, un argument de poids pour un pays confronté à une pénurie chronique de dollars et à une pression constante sur sa monnaie nationale.
Si l’enthousiasme est palpable du côté du ministère, la réussite du projet reposera désormais sur sa capacité à surmonter les obstacles classiques du terrain nigérian. Les études de faisabilité, bien que jugées concluantes, devront se traduire dans les faits par une exécution rapide et transparente. Le gouvernement assure que toutes les approbations réglementaires ont été accordées pour fluidifier le processus, mais c’est sur la mise en œuvre effective et la capacité à maintenir un cap sur vingt ans que le Nigeria sera jugé, lui qui a souvent vu de grands projets industriels s’enliser dans les lenteurs administratives ou les aléas politiques.



