Le Maroc a mis en place un dispositif répressif d’une ampleur inédite à l’occasion de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025, qui s’est tenue du 21 décembre au 18 janvier. Selon un bilan officiel des autorités compétentes, pas moins de 529 interventions sécuritaires ont été recensées, débouchant sur la présentation immédiate de 202 personnes devant la justice. Pour la première fois, des bureaux judiciaires installés au cœur même des stades ont permis de traiter les infractions en temps réel, transformant les enceintes sportives en véritables annexes des tribunaux.
Ce chiffre de 202 jugements expédiés reflète une stratégie de tolérance zéro, couplée à une logique d’efficacité procédurale. Les infractions jugées concernaient principalement des troubles à l’ordre public et des fraudes : 68 tentatives d’intrusion sans billet, 17 cas d’usage de faux tickets, mais aussi 20 affaires de stupéfiants et 16 détentions de fumigènes. Les autorités ont également saisi cinq armes blanches et deux bombes lacrymogènes. Ce traitement judiciaire immédiat, coordonné avec le ministère public, visait à dissuader tout débordement en assurant une réponse pénale rapide, contrastant avec la lenteur habituelle des procédures post-événementielles.
Ce bilan s’inscrit dans un contexte de pression sécuritaire maximale. Hôte de la compétition, le Maroc avait non seulement une image à défendre, mais aussi un précédent à éviter après les incidents de foule ayant marqué d’autres éditions sur le continent. La création de neuf bureaux judiciaires répartis dans six villes (Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir, Fès et Tanger) répondait à une double logique : rappeler que le territoire marocain n’est pas une zone de non-droit pendant les fêtes populaires, et rassurer les délégations étrangères sur la fiabilité de l’organisation.
Si le succès sécuritaire est affiché, ce dispositif judiciaire intégré ouvre des perspectives complexes pour l’organisation de futurs grands événements en Afrique. D’un côté, il prouve qu’il est possible de concilier affluence massive et maintien de l’ordre avec une réponse pénale efficace. De l’autre, il pose la question du risque de justice expéditive : sur les 152 procédures enregistrées, 56 ont été réglées par amendes transactionnelles, une méthode rapide mais qui peut priver le justiciable d’un débat contradictoire approfondi, malgré la présence d’interprètes pour les 20,8 % d’étrangers concernés.
Au-delà de la seule répression, les autorités ont déployé une véritable toile d’araignée technologique. La Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) a mobilisé jusqu’à 4 000 agents par match, appuyés par des drones et des logiciels d’intelligence artificielle pour l’analyse des flux. Cette surveillance s’est étendue au cyberespace, avec la traque des revendeurs de billets sur les réseaux sociaux, qui a conduit à l’interpellation de 396 personnes. Cette approche, combinant la présence physique massive, la vidéosurveillance intelligente et la justice immédiate, dessine les contours d’un nouveau modèle de sécurisation des foules, mais interroge sur l’équilibre entre fluidité de l’événement et droits fondamentaux des supporters.



