Le 25 avril 2026, le Mali a basculé. Six villes, de Kidal à Bamako, ont été simultanément attaquées, et le ministre de la Défense, Sadio Camara, a été tué à son domicile de Kati. Jamais, en quatorze ans de conflit, le pays n’avait connu une offensive d’une telle ampleur, signée par une alliance jusqu’alors secrète entre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA).
Cette coordination inédite a permis de frapper sur un arc de 1 200 kilomètres, ébranlant en quelques heures les défenses maliennes et russes. Les assaillants ont non seulement visé des positions militaires, mais aussi délibérément ciblé le cœur politique du régime. L’assassinat de Sadio Camara, figure influente et stratège reconnu de l’armée, révèle une faille majeure des services de renseignement. Pendant 48 heures, l’absence de communication du président a laissé place aux spéculations, avant que le Premier ministre ne promette des « correctifs nécessaires pour une meilleure sécurisation ».
Longtemps opposés, le JNIM, coalition djihadiste affiliée à Al-Qaïda, et le FLA, mouvement indépendantiste touareg, ont mis de côté leurs divergences idéologiques. Une telle alliance n’est pourtant pas inédite, rappelle le chercheur Emmanuel Odilon Koukoubou : en 2012-2013, le MNLA s’était déjà allié à AQMI et Ansar Dine avant de se faire évincer. Aujourd’hui, l’ennemi commun est le gouvernement de transition militaire. Le FLA apporte sa connaissance fine du terrain et sa légitimité locale, tandis que le JNIM fournit puissance de feu, combattants aguerris et logistique transnationale.
Cette alliance contre-nature pourrait toutefois être éphémère. Les objectifs de long terme restent inconciliables : un État autonome pour l’Azawad d’un côté, un califat islamique transnational de l’autre. Mais à court terme, l’effet psychologique est dévastateur. Pour l’analyste Alioune Tine, le Mali vit une situation sans précédent, où le cœur même du pouvoir a été visé. La mort de Sadio Camara affaiblit la chaîne de commandement et expose le régime à un isolement stratégique accru, d’autant que ses partenaires extérieurs, Russie et Alliance des États du Sahel (AES), semblent eux-mêmes dépassés.
Le politologue Alioune Tine met en garde contre un effet domino dans toute la sous-région. « L’effondrement du Mali risque de provoquer une propagation similaire à celle du phénomène djihadiste », prévient‑il. Selon lui, la priorité absolue est d’élaborer une stratégie régionale commune, mêlant géopolitique et défense. Il regrette l’absence d’un sommet extraordinaire de la CEDEAO ou de l’AES, estimant que les dirigeants doivent dépasser leurs égos et construire une souveraineté sécuritaire partagée.
Derrière la prouesse tactique se cache une réalité plus sombre : l’émergence d’alliances opportunistes capables de bousculer durablement l’équilibre des forces au Sahel. La fragilité du gouvernement de transition, exposé jusque dans ses bastions, n’est plus à démontrer. Pour les observateurs, cette attaque coordonnée marque une mutation profonde du conflit, où les lignes de fracture traditionnelles s’effacent au profit de convergences ponctuelles mais meurtrières. Sans une réponse collective immédiate, le Mali risque de devenir le point de départ d’une déstabilisation régionale en chaîne.



