Le Ghana, premier producteur d’or du continent, a mis le feu aux poudres en annonçant un projet de réforme de ses redevances minières. Face à des cours de l’or qui flambent autour de 5 100 dollars l’once, Accra entend plus que doubler le taux perçu auprès des compagnies, le portant jusqu’à 12 %. Une décision radicale qui a immédiatement suscité une levée de boucliers, non seulement de la part des industriels du secteur, mais aussi des capitales occidentales et asiatiques.
Si la mesure était adoptée, les géants miniers opérant dans le pays, comme l’américain Newmont ou le chinois Zijin, devraient reverser près du double de ce qu’ils versent actuellement à l’État ghanéen. Cette augmentation brutale, justifiée par le contexte de prix élevés du métal jaune, a provoqué une intervention inédite et coordonnée des missions diplomatiques. Les États-Unis, la Chine, le Royaume-Uni, mais aussi le Canada et l’Australie ont conjointement exprimé leurs profondes réserves auprès des autorités d’Accra, les exhortant à suspendre ce projet. Selon des sources proches des négociations, les diplomates mettent en garde contre une dégradation brutale de la rentabilité des filiales locales, susceptible de compromettre les investissements et la stabilité du secteur.
Cette fronde diplomatique, bien que d’ampleur inhabituelle, n’est pas surprenante tant les intérêts économiques sont concentrés. La majorité des grands groupes aurifères présents au Ghana ont leurs quartiers généraux dans ces pays. La Chambre des Mines du Ghana, qui les représente, avait déjà tenté de faire entendre sa voix, dénonçant une mesure qui fragiliserait un secteur déjà confronté à une hausse des coûts opérationnels. Pour ces compagnies, la question est existentielle : un prélèvement aussi élevé pourrait remettre en cause la viabilité de certaines exploitations, notamment les moins riches en minerai.
Face à cette pression, le gouvernement ghanéen a tenté une ouverture en proposant un réaménagement de la taxe “Growth and Sustainability Levy”, suggérant de l’abaisser de 3 % à 1 % pour compenser la hausse des redevances. Une concession jugée insuffisante par l’industrie minière, qui milite pour une suppression pure et simple de cette taxe et un barème de redevances bien plus modéré, oscillant entre 4 % et 8 %. Le bras de fer est donc loin d’être terminé, et l’issue des négociations reste pour le moins incertaine.
L’enjeu pour Accra est cependant stratégique. Le pays cherche à maximiser les retombées de son principal produit d’exportation dans un contexte de flambée des cours, une manne indispensable pour assainir des finances publiques mises à rude épreuve par la crise économique récente. Cette offensive s’inscrit dans une tendance lourde observée sur le continent, où des pays comme le Mali et le Burkina Faso ont également durci leur législation minière pour capter une part plus importante des profits réalisés par les multinationales.
Le bras de fer entre Accra et les géants miniers illustre un tournant majeur dans les relations entre États africains producteurs de ressources et investisseurs étrangers. Au-delà des seules négociations techniques sur les taux, c’est bien un nouveau partage de la valeur qui se dessine. La détermination du Ghana à imposer sa souveraineté fiscale, malgré les pressions croisées de puissances comme les États-Unis et la Chine, pourrait faire jurisprudence et inspirer d’autres capitales du continent tentées par une révision en profondeur de leurs contrats miniers.



