L’Union africaine (UA) a officiellement exprimé son inquiétude face à la recrudescence des attaques contre les installations énergétiques dans le Golfe, prévenant que ces frappes auront des “conséquences directes” sur les économies du continent. Dans un communiqué publié le 15 avril, le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a mis en garde contre l’impact de cette escalade sur les chaînes d’approvisionnement mondiales et, par ricochet, sur la stabilité économique de l’Afrique.
Au-delà de la condamnation des violations du droit international, le chef de la diplomatie africaine a détaillé les mécanismes de cette contagion économique. La perturbation des routes maritimes, allongement des délais et augmentation des coûts d’assurance, frappe de plein fouet les exportations africaines, notamment les produits périssables dont la valeur dépend de la rapidité d’acheminement. Par ailleurs, les fermetures ou détournements de l’espace aérien dans la région pèsent lourdement sur les compagnies aériennes du continent, déjà fragilisées. Cette instabilité se traduit mécaniquement par une hausse des prix du pétrole et de l’énergie, renchérissant les factures d’importation et freinant la compétitivité des industries locales.
Ces attaques s’inscrivent dans un contexte d’exacerbation des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, une région dont la stabilité est cruciale pour l’Afrique en raison de sa proximité géographique et de l’interdépendance de leurs économies. Le canal de Suez et les routes de la mer Rouge, par lesquels transite une part significative du commerce extérieur africain, sont au cœur de cette tourmente. Historiquement dépendant de la stabilité de ces couloirs maritimes, le continent voit sa vulnérabilité exposée : toute perturbation dans cette zone névralgique se répercute instantanément sur ses coûts d’importation (notamment alimentaires et énergétiques) et sur ses capacités d’exportation.
Les perspectives à court et moyen terme sont préoccupantes. Si la situation ne se désescalade pas rapidement, les économies africaines, en particulier celles importantes nettes de produits alimentaires et énergétiques, risquent une aggravation de leurs déficits commerciaux et une poussée inflationniste. L’appel de Mahmoud Ali Youssouf à la retenue et au dialogue souligne l’urgence d’une solution diplomatique, mais l’influence de l’UA pour peser sur les belligérants reste limitée. Le continent pourrait devoir faire face à une nouvelle ère d’insécurité maritime, l’obligeant à repenser ses stratégies de diversification des partenaires et des routes commerciales.
Au-delà de l’impact macroéconomique, ce sont des secteurs entiers qui tremblent. Les compagnies d’assurance pourraient revoir leurs primes à la hausse pour toutes les cargaisons transitant par la zone, rendant le commerce extérieur africain moins compétitif. Pour les pays du Sahel, déjà sous pression sécuritaire et budgétaire, cette flambée des prix internationaux compromet un peu plus leurs marges de manœuvre. L’UA, par la voix de son président, rappelle ainsi que la paix au Moyen-Orient n’est pas une affaire lointaine, mais une condition sine qua non de la prospérité africaine. L’organisation appelle à une prise de conscience collective, insistant sur le fait que le coût de l’inaction sera supporté en premier lieu par les populations les plus vulnérables du continent.



