Le gouvernement malien a annoncé, le 12 mars 2026, la création d’une Brigade spéciale des mines chargée de lutter contre l’exploitation aurifère illégale. Cette unité, dotée de pouvoirs judiciaires, marque une étape supplémentaire dans la volonté des autorités de Bamako de reprendre un contrôle strict sur un secteur qui constitue le poumon économique du pays.
Conçue pour mener des inspections et faire appliquer la réglementation minière, cette nouvelle force aura également la capacité de saisir les équipements et d’engager des poursuites contre les contrevenants, qu’ils soient maliens ou étrangers. L’objectif affiché par le gouvernement est de mettre un terme aux fléaux qui gangrènent le secteur : l’orpaillage clandestin, le trafic de minerais et l’utilisation de produits chimiques prohibés, dont le mercure et le cyanure, qui ravagent l’environnement et les terres agricoles.
Cette décision, prise en Conseil des ministres, s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 2020 pour assainir un secteur stratégique. Si le Mali est le troisième producteur d’or du continent, avec une production annuelle dépassant régulièrement les 60 tonnes grâce à des géants industriels comme B2Gold (mine de Fekola) ou Barrick Gold (complexe de Loulo-Gounkoto), il doit composer avec un vaste secteur artisanal. Ce dernier, source de revenus pour des milliers de ruraux, échappe en grande partie au contrôle de l’État et lui fait perdre des recettes fiscales cruciales.
Avec la mise en place de cette brigade, Bamako cherche à sécuriser ses revenus alors que le contexte mondial est porteur. La demande mondiale d’or a dépassé les 5 000 tonnes en 2025 et les cours restent à des niveaux historiquement élevés, attisant les convoitises. Pour un pays dont l’or représente l’essentiel des recettes d’exportation, principalement vers la Suisse, l’Afrique du Sud et les Émirats arabes unis, la stabilité et la traçabilité de la filière sont devenues des impératifs catégoriques.
Au-delà de la simple répression, la réussite de cette brigade dépendra de sa capacité à naviguer dans un tissu socio-économique complexe. Si elle se contente de traquer les orpailleurs sans proposer d’alternatives, elle risque de se heurter à des résistances dans des zones rurales où l’orpaillage fait office de dernier filet de sécurité. Le défi pour l’État malien sera donc de concilier l’assainissement du secteur avec le maintien d’une paix sociale fragile, tout en rassurant les investisseurs internationaux sur sa capacité à garantir un environnement minier sûr et légal.



