La compagnie minière chinoise Sinomine Resource Group a officiellement entamé des négociations avec les autorités zimbabwéennes pour obtenir une dérogation à l’interdiction frappant l’exportation de concentrés de lithium. L’entreprise, déjà implantée dans le pays, cherche à reprendre l’expédition de ce minerai stratégique vers la Chine, quelques semaines seulement après la mise en place d’un embargo décidé par Harare. Cette démarche illustre les tensions entre la volonté politique de transformer localement les ressources et les intérêts économiques des investisseurs étrangers.
Selon des informations rapportées par Reuters, Sinomine a confirmé être en pourparlers avec le ministère zimbabwéen des Mines pour soumettre une nouvelle demande d’autorisation d’exportation. La réponse a été faite sur une plateforme liée à la Bourse de Shenzhen, où des investisseurs s’interrogeaient sur l’avenir des activités du groupe dans le pays. L’entreprise, qui contrôle d’importants actifs lithinifères dans la ceinture de pegmatites du Zimbabwe, cherche ainsi à préserver ses chaînes d’approvisionnement, directement menacées par la nouvelle législation.
Le contexte de ces négociations est celui d’un revirement réglementaire soudain. Fin février, le gouvernement zimbabwéen a interdit l’exportation de concentrés de lithium et de tout minerai brut n’ayant pas subi de transformation locale. La décision, justifiée par la volonté de lutter contre les malversations et les fuites de recettes, a été prise en urgence. Dans son communiqué, le ministère des Mines a évoqué des “pratiques frauduleuses persistantes” et la nécessité de “réaligner les procédures” pour garantir que la richesse minière profite à l’économie nationale.
À court terme, cette interdiction place Harare face à un dilemme industriel. Si l’objectif affiché est de forcer l’implantation d’usines de batteries et de raffineries sur le sol zimbabwéen d’ici 2027, la réalité technique et financière reste un défi de taille. La suspension brutale des exportations risque d’asphyxier temporairement les revenus miniers et de tendre les relations avec Pékin, premier partenaire commercial du pays. Le Zimbabwe fournissait en effet près d’un cinquième des importations chinoises de concentré de lithium, un maillon essentiel pour l’industrie chinoise des batteries électriques.
L’enjeu pour Sinomine dépasse la simple logistique. En négociant une exemption, la firme teste la fermeté réelle de l’exécutif zimbabwéen et sa capacité à imposer une discipline à tous les acteurs. Certains analystes estiment que des arrangements pourraient être trouvés pour les entreprises déjà fortement implantées, tandis que les exportateurs opportunistes seraient durablement exclus. La réaction des marchés, qui ont immédiatement spéculé sur une contraction de l’offre mondiale, montre à quel point la décision de Harare est scrutée. Dans les mois à venir, l’issue de ces discussions sera un indicateur clé de la souveraineté réelle du Zimbabwe sur ses ressources face aux appétits des géants miniers étrangers.



