Alors que les conflits au Moyen-Orient ébranlent les routes maritimes traditionnelles et que l’Europe cherche définitivement à se défaire de sa dépendance au gaz russe, l’Afrique s’impose progressivement comme un recours stratégique. Le Gaz Naturel Liquéfié (GNL) produit sur le continent devient un levier clé pour la sécurité énergétique des Vingt-Sept, à tel point que plusieurs États producteurs, du Nigeria au Sénégal en passant par la République du Congo, accélèrent leurs projets d’exportation pour capter une demande européenne en pleine recomposition.
Ce repositionnement se concrétisera le mois prochain à Paris, lors du Forum Invest in African Energy (IAE). Les ministres de l’Énergie du Sénégal, du Nigeria, de la Guinée équatoriale et de la République du Congo y rencontreront des investisseurs et des acheteurs européens. L’objectif est clair : conclure des accords d’approvisionnement à long terme et attirer les financements nécessaires à l’expansion de leurs infrastructures gazières. L’Europe, qui a perdu l’essentiel des livraisons par gazoducs russes, se tourne massivement vers le GNL, et l’Afrique entend bien profiter de ce basculement pour verrouiller des parts de marché.
Le Nigeria reste le pilier de cette dynamique. Grâce à l’usine Nigeria LNG et à l’expansion du projet Train 7, le pays consolide sa position de premier exportateur africain. Il alimente déjà plus de la moitié des importations portugaises de GNL et une part significative du marché espagnol. Mais d’autres nations émergent. La Guinée équatoriale mise sur son installation de Punta Europa pour augmenter ses volumes, tandis que la République du Congo lance la deuxième phase de son projet Congo LNG, visant une capacité de trois millions de tonnes par an.
L’entrée en production en 2025 du projet Greater Tortue Ahmeyim, à la frontière maritime du Sénégal et de la Mauritanie, marque un tournant. Pour la première fois, l’Afrique de l’Ouest s’ouvre aux marchés mondiaux du GNL avec un projet offshore d’envergure. Ce développement offre à l’Europe une alternative supplémentaire, d’autant plus précieuse que les routes d’approvisionnement depuis le golfe de Guinée évitent les zones les plus instables du Moyen-Orient et les détroits sous tension.
Lors du forum parisien, les responsables africains ne se contenteront pas de vanter leurs réserves. Ils insisteront sur un atout logistique majeur : la proximité géographique du continent avec les côtes européennes, qui réduit les délais de livraison et les risques par rapport aux cargaisons en provenance du Golfe persique. Dans un marché où la flexibilité et la sécurité des flux sont devenues des priorités absolues, cette donnée pèse lourd dans les négociations.
Derrière ces annonces prometteuses, un défi de taille demeure : financer les infrastructures. Si l’intérêt européen est réel, les investisseurs restent prudents face aux incertitudes réglementaires et sécuritaires dans certaines zones. Pour transformer l’essai, les producteurs africains devront rassurer sur leur capacité à garantir des volumes stables et durables, dans un contexte où la transition énergétique mondiale pousse également à plafonner les financements fossiles. La partie se joue désormais sur la crédibilité opérationnelle et la fiabilité des partenariats noués.



