Bola Tinubu pose ce mardi 17 mars 2026 le pied sur le sol britannique pour une visite d’État. Il faut remonter à 1989 et au général Ibrahim Babangida pour trouver trace d’un tel déplacement présidentiel nigérian au Royaume-Uni. Ce n’est pas une simple escale protocolaire : c’est un signal fort envoyé par deux pays qui entretiennent des liens étroits, mêlant histoire coloniale, partenariat commercial majeur et coopération sécuritaire.
Le président nigérian sera reçu mercredi par le roi Charles III, un honneur qui souligne l’importance que Londres accorde à ce rendez-vous. Le lendemain, il s’entretiendra avec le Premier ministre Keir Starmer. Ces rencontres de haut niveau visent à concrétiser les engagements pris il y a dix-huit mois dans le cadre d’un partenariat renforcé. Au menu : consolidation des échanges économiques, gestion des flux migratoires et coordination face aux menaces sécuritaires qui pèsent sur le Sahel et le Golfe de Guinée.
Le Nigeria n’est pas un partenaire comme les autres pour le Royaume-Uni. Avec des échanges annuels dépassant les 9 milliards d’euros, Abuja est le deuxième client de Londres sur le continent, derrière l’Afrique du Sud. La balance penche désormais du côté des services et des technologies britanniques, tandis que Lagos cherche à attirer des capitaux pour combler son déficit criant en infrastructures. Un projet de réhabilitation des ports d’Apapa et de Tin Can Island, près de Lagos, bénéficie déjà d’une garantie de prêts britannique.
L’ombre des groupes jihadistes plane sur ces discussions. Le Nigeria fait face à une insurrection persistante dans le nord-est et à une recrudescence des violences dans le nord-ouest. Londres propose son expertise en matière de formation militaire et de renseignement. Pour Abuja, il s’agit d’obtenir un soutien concret sans compromettre sa souveraineté. Mais cette coopération ne saurait être unilatérale. Comme le souligne l’économiste Ade Adefeko, le Nigeria n’est plus un simple récipiendaire d’aides. Sa démographie galopante et son dynamisme économique font de lui un partenaire qui exige des relations équilibrées, fondées sur des bénéfices mutuels.
En marge de ces enjeux géopolitiques, une pomme de discorde religieuse persiste. L’Église anglicane du Nigeria, puissante et conservatrice, s’oppose frontalement à l’Église d’Angleterre sur la question de la bénédiction des couples homosexuels et sur la nomination d’une femme à la tête de la communion anglicane. Ce différend, bien que non inscrit à l’ordre du jour officiel, rappelle que les liens entre les deux nations dépassent le cadre étatique et touchent à des sensibilités profondes, que le président nigérian ne peut ignorer.



