L’Algérie s’engage concrètement dans la restructuration du système énergétique tchadien. Un mémorandum d’entente signé entre les deux pays prévoit la construction d’une centrale électrique de 40 mégawatts dans la capitale, N’Djamena. Le projet sera piloté par le groupe public algérien Sonelgaz, dont les équipes techniques sont déjà sur le terrain.
La nouvelle infrastructure viendra renforcer un réseau notoirement défaillant, où les coupures sont quotidiennes et où moins de 15 % de la population a accès à l’électricité. Le mémorandum a été paraphé par le ministre tchadien de l’Eau et de l’Énergie, Passalet Kanabé Marcelin, et son homologue algérien, Mourad Adjal, à l’issue de la quatrième session de la commission mixte. La pose de la première pierre est programmée pour juillet 2026, tandis que la livraison des équipements débutera dans les prochains jours. Par ailleurs, des experts de Sonelgaz étudieront la réhabilitation du réseau de distribution de Tchadelec, signe d’une intervention systémique et non pas ponctuelle.
Ce rapprochement énergétique s’inscrit dans une stratégie algérienne plus large de reconquête de son voisinage saharien. Alger, qui cherche à contrer l’influence marocaine en Afrique de l’Ouest et au Sahel, multiplie les accords bilatéraux à portée visible. En mai dernier, l’Algérie avait déjà annoncé son intention de financer deux tronçons de la route transsaharienne au Tchad. Ces projets d’infrastructures ne sont donc pas anodins : ils répondent à un besoin criant du Tchad, tout en offrant à Alger des leviers politiques et économiques dans une région instable.
Si le calendrier est respecté, la centrale de 40 MW pourrait couvrir une part significative des besoins de N’Djamena, actuellement alimentée par des groupes électrogènes vétustes et coûteux. Reste à savoir si Sonelgaz saura surmonter les défis logistiques et sécuritaires inhérents aux grands chantiers sahéliens. La réhabilitation du réseau de distribution, élément clé trop souvent négligé, déterminera l’impact réel de la nouvelle production. Sans ce volet, la centrale risque de rester sous-exploitée. Le ministre tchadien a d’ailleurs résumé l’enjeu en une formule claire : « Nous sollicitons l’accompagnement de l’Algérie, pays frère, afin de parvenir à voler de nos propres ailes. »
Ce projet illustre une tendance de fond : les pays du Maghreb investissent désormais directement dans les capacités de production électrique en Afrique subsaharienne, là où les partenaires européens ou chinois privilégient souvent les grands barrages ou les centrales à gaz. L’approche algérienne, plus modulaire, mise sur des délais courts et une intégration locale. Le ministre algérien de l’Énergie a martelé une promesse ambitieuse : « Nous pouvons métamorphoser la capitale N’Djamena dans un bref délai. » Reste à vérifier sur le terrain si cette métamorphose ne se heurtera pas aux réalités administratives, financières et techniques d’un des pays les plus pauvres du continent.



