Le Ghana franchit une étape historique dans sa quête de justice réparatrice. Le président John Dramani Mahama soumettra ce 25 mars à l’Assemblée générale des Nations Unies un projet de résolution visant à qualifier la traite transatlantique et l’asservissement racisé des Africains comme le crime le plus grave jamais commis contre l’humanité. Il s’agit d’une première en huit décennies d’existence de l’institution onusienne.
Porté par l’Union africaine (UA) depuis le sommet de février, où le chef de l’État ghanéen a été désigné « champion pour les réparations », ce texte ne se limite pas à une condamnation morale. Il s’articule autour de trois piliers : la reconnaissance de l’exactitude historique des faits, leur qualification juridique au regard du droit international – qui considère l’esclavage comme une norme impérative –, et l’établissement d’un lien formel entre l’Afrique et sa diaspora. Accra a d’ailleurs multiplié les consultations avec le Mouvement des non-alignés, le Groupe des 77 et la CARICOM pour élargir sa base de soutien.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique continentale amorcée bien avant le sommet de l’UA. Depuis plusieurs années, les États africains et caribéens plaident pour une réévaluation des héritages coloniaux. Le choix de la date du 25 mars, Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage, ancre la démarche dans un symbole fort, mais le fond du texte va plus loin : il met en lumière l’ampleur, la durée et surtout les conséquences structurelles de ce crime sur les inégalités économiques mondiales contemporaines.
La perspective dépasse ici le symbole. Le Ghana inscrit cette résolution dans une logique de réparations élargies, qui ne se limiteraient pas à des transferts financiers. Accra plaide pour une refonte du récit historique, la restitution des artefacts spoliés et une correction des asymétries économiques héritées de cette période. Le président Mahama a tenu à rassurer les capitales occidentales : le texte ne vise aucun État en particulier, mais entend poser un préalable juridique et moral à un rééquilibrage global.
En marge du dépôt du texte, une cérémonie se tiendra le 24 mars à New York, suivie d’un événement de haut niveau sur la justice réparatrice. Si la résolution est adoptée, elle constituerait un précédent majeur, forçant les anciennes puissances coloniales à se positionner officiellement sur une question longtemps reléguée aux marges des grandes instances internationales. Le Ghana espère ainsi transformer une reconnaissance abstraite en levier concret pour les générations futures, en quête de « vérité, reconnaissance et réconciliation ».



