Le président mozambicain, Daniel Chapo, a entamé mardi une visite de travail de trois jours au Kenya, son premier déplacement officiel à Nairobi depuis son entrée en fonction. Invité par son homologue William Ruto, il participe à la quatrième Conférence internationale sur l’investissement, où il occupe le rang d’invité d’honneur. L’objectif affiché est clair : porter la voix de Maputo face aux investisseurs internationaux, dans un contexte où le pays cherche à diversifier ses partenariats économiques et à restaurer la confiance après une période marquée par l’insécurité et des défis macroéconomiques persistants.
Au cœur de ce déplacement, Daniel Chapo mettra en avant les secteurs stratégiques que le Mozambique entend ouvrir en priorité aux capitaux étrangers : énergie, agriculture, transports, tourisme et transformation numérique. La présidence mozambicaine insiste sur la volonté d’approfondir les partenariats économiques existants et d’en nouer de nouveaux, en misant sur des arguments techniques comme la stabilité des projets gaziers dans le bassin du Rovuma ou le potentiel agro-industriel du couloir de Nacala. Mais au-delà du discours officiel, c’est aussi la capacité du gouvernement à garantir un environnement des affaires prévisible qui sera scrutée par les décideurs présents à Nairobi.
Ce déplacement s’inscrit dans une relation bilatérale que les deux pays ont consolidée ces dernières années, principalement autour des enjeux de sécurité. Le Mozambique et le Kenya collaborent étroitement dans le cadre de l’Union africaine et de l’Association des États riverains de l’océan Indien, notamment pour faire face à la menace jihadiste dans la province de Cabo Delgado et aux risques de piraterie dans le canal du Mozambique. Cette coopération sécuritaire a créé un socle de confiance politique, mais elle a aussi rappelé aux investisseurs la fragilité d’une région où les équilibres restent instables. C’est donc sur ce double registre de la stabilité retrouvée et des opportunités à saisir que Daniel Chapo tente désormais de capitaliser.
Les retombées concrètes de cette visite dépendront dans une large mesure de la capacité du Mozambique à traduire ses promesses en réformes tangibles. Alors que le pays traverse une phase de reconstruction après les chocs climatiques et les violences dans le nord, les investisseurs internationaux attendent des signaux clairs sur la gouvernance des ressources naturelles, la transparence des contrats et la prévisibilité fiscale. La conférence de Nairobi offre une tribune de premier plan pour rassurer, mais elle ne suffira pas à effacer les réserves nées des scandales financiers du passé ni les retards dans l’exploitation des gigantesques réserves gazières.
En choisissant le Kenya comme première étape majeure de sa diplomatie économique, Daniel Chapo s’inscrit également dans une logique régionale plus large. Nairobi s’est imposée ces dernières années comme une plateforme incontournable pour les rendez-vous d’affaires est-africains, attirant des fonds souverains, des banques de développement et des investisseurs institutionnels en quête de relais de croissance. Pour Maputo, l’enjeu est autant symbolique que stratégique : affirmer que le Mozambique n’est plus seulement un pays producteur de ressources brutes, mais un territoire ouvert aux chaînes de valeur régionales et aux projets d’intégration portés par l’Afrique de l’Est.
Reste que l’exercice comporte une part de risque. L’insistance mise par la présidence mozambicaine sur les secteurs du tourisme et de la transformation numérique peut sembler ambitieuse alors que les infrastructures énergétiques et portuaires continuent de réclamer des investissements massifs pour atteindre leur seuil de compétitivité. Les investisseurs présents à Nairobi le savent : les discours de chefs d’État lors de grandes conférences ne valent que par les réformes qui les suivent. À ce titre, la visite de Daniel Chapo sera jugée moins sur le nombre de lettres d’intention signées que sur la constance de l’engagement mozambicain à mettre en œuvre un environnement des affaires enfin stabilisé.



