Le président rwandais Paul Kagame a lancé, ce 7 avril 2026, les 32es commémorations du génocide des Tutsis par un discours sans concessions. Devant le mémorial national de Gisozi à Kigali, il a appelé la communauté internationale à « rejoindre le Rwanda dans le combat contre l’extrémisme », tout en rejetant fermement les récentes sanctions américaines visant l’armée rwandaise. Une prise de parole qui transforme la mémoire en arme politique.
Pendant une quarantaine de minutes, Paul Kagame a alterné hommage aux victimes – plus de 800 000 Tutsis assassinés en 1994 – et charge frontale contre l’inaction étrangère d’hier comme contre les critiques d’aujourd’hui. Il a dénoncé les discours de haine qui, a-t-il dit, « se transforment en actes de haine ». Mais c’est sur les sanctions américaines, imposées à la Rwanda Defence Force et à quatre de ses hauts gradés, que le ton a monté. « Aucune sanction ou insulte de l’extérieur ne peut ternir l’honneur et l’intégrité » de l’armée rwandaise, a-t-il martelé, qualifiant ces mesures d’injustice.
Ces sanctions américaines, annoncées ces derniers mois, visent à punir Kigali pour son soutien présumé à des groupes armés actifs dans l’est de la République démocratique du Congo, notamment le M23. Washington accuse l’armée rwandaise d’ingérence directe et de violations des droits humains. Ce nouvel épisode de tensions intervient alors que le génocide de 1994 reste une blessure geopolitique vive : la communauté internationale avait abandonné les Tutsis, et Kagame ne cesse de rappeler cette « leçon brutale » pour justifier aujourd’hui l’autonomie militaire et diplomatique du Rwanda.
Les 100 jours de commémoration qui s’ouvrent risquent donc d’être aussi un théâtre d’affirmation politique. Kagame, au pouvoir depuis 1994, joue sur deux tableaux : consolider son assise nationale par le devoir de mémoire, et résister aux pressions étrangères en se posant en rempart contre l’extrémisme. Mais les partenaires occidentaux du Rwanda, dont les États-Unis et l’Union européenne, pourraient durcir leurs positions. À moyen terme, Kigali devra arbitrer entre la fidélité à son récit fondateur et la réalité d’une diplomatie de plus en plus contestée.
Ce discours intervient alors que la jeunesse rwandaise, née après 1994, est massivement mobilisée dans ces commémorations. Une marche du souvenir et une veillée au stade BK Arena sont prévues dès ce soir. Mais dans les salons de Kigali, certains observateurs notent un malaise : l’instrumentalisation politique du génocide devient, selon eux, un écran qui empêche un débat sincère sur les dérives sécuritaires du régime. Kagame le sait. En appelant le monde à « rejoindre le Rwanda », il retourne l’accusation. Ce n’est plus Kigali qui est mis en cause, mais ceux qui osent critiquer le vainqueur du génocide.



