Ismail Omar Guelleh a été réélu président de la République de Djibouti avec 97,81 % des voix, selon les résultats officiels proclamés samedi 11 avril. Ce sixième mandat, obtenu au lendemain d’un scrutin sans incident majeur, consacre près de trois décennies de pouvoir sans partage. L’unique challenger, Mohamed Farah Samatar, plafonne à 2,19 %, tandis que l’essentiel de l’opposition avait choisi le boycott.
Sur quelque 256 000 électeurs inscrits, la participation a été jugée « bonne » par la Commission électorale nationale indépendante, sans que le taux précis ne soit encore communiqué. Le président sortant, âgé de 78 ans, a voté en milieu de matinée dans la capitale, exprimant sa confiance dans une « adhésion massive ». Son adversaire, ancien membre du parti présidentiel et dirigeant d’un petit parti sans élu local ni national, n’a jamais constitué une menace politique réelle. Les autorités ont salué le calme du vote, mais aucun incident majeur n’était attendu dans un pays où l’appareil d’État contrôle étroitement le processus électoral.
Djibouti n’avait pas connu d’alternance démocratique depuis son indépendance en 1977. Ismail Omar Guelleh, arrivé au pouvoir en 1999 après avoir été le directeur de cabinet de son prédécesseur Hassan Gouled Aptidon, a progressivement verrouillé toutes les institutions. Les principaux partis d’opposition, notamment l’ARD et le MRD, ont boycotté ce scrutin, dénonçant un processus « verrouillé, dépourvu de transparence et entièrement contrôlé par l’appareil de l’État ». Cette stratégie du boycott, récurrente depuis plusieurs cycles électoraux, a cependant eu pour effet collatéral de renforcer la thèse présidentielle d’une absence d’alternative crédible.
L’opposition appelle désormais à une « transition démocratique négociée sous l’égide de la communauté internationale ». Une formule qui en dit long sur l’impuissance politique locale et la confiance déléguée aux bailleurs de fonds étrangers. Pourtant, ces derniers regardent ailleurs. Djibouti abrite des bases militaires françaises, américaines, chinoises et japonaises. Sa stabilité, même autoritaire, est jugée prioritaire face aux crises régionales en Éthiopie, en Somalie ou au Yémen. Aucune pression internationale sérieuse ne s’annonce pour exiger une ouverture démocratique.
Ce nouveau mandat illustre un paradoxe africain devenu banal : des scores écrasants dans des urnes sans enjeu, une opposition qui se disqualifie par le boycott, et une communauté internationale silencieuse. Ismail Omar Guelleh incarne cette génération de dirigeants qui ont appris à gérer les apparences de la démocratie sans en subir les contraintes. Dans ce petit pays stratégique de la Corne de l’Afrique, les urnes ne changent rien. Les équilibres régionaux, eux, changent tout. Et tant que Djibouti restera un point d’appui militaire indispensable, personne ne viendra déranger la longévité de son président.



