Le président burundais Évariste Ndayishimiye, actuel président en exercice de l’Union africaine, a félicité le capitaine Ibrahim Traoré pour son « dévouement et son engagement pour la paix et la stabilité » lors d’une visite au Burkina Faso. Une déclaration officielle saluant un homme dont le pays, comme ceux de l’Alliance des États du Sahel (AES), demeure suspendu des instances de l’UA depuis le coup d’État de janvier 2022.
À l’issue des échanges, Ndayishimiye a affirmé avoir pris conscience de la « réalité objective de la région du Sahel et aussi du peuple burkinabè ». Il a promis de transmettre à l’UA « un bon rapport objectif » pour avancer vers « un avenir commun ». Derrière ces formules de courtoisie diplomatique se cache un enjeu concret : jeter un pont entre l’Union africaine et les pays de l’AES, à savoir le Burkina, le Mali et le Niger, exclus des organes de décision depuis les putschs successifs.
Ces suspensions, prévues par l’acte fondateur de l’UA en cas de prise de pouvoir anticonstitutionnelle, n’ont jamais empêché des échanges techniques. Mais elles limitent sévèrement la participation politique et financière des trois États. Le précédent de la Cédéao, qui a récemment assoupli ses sanctions contre le Niger tout en maintenant une forte pression diplomatique, montre que les organisations régionales tâtonnent. Ndayishimiye, président d’un petit pays des Grands Lacs lui même sujet à des crises de légitimité par le passé, joue ici un rôle d’intermédiaire délicat.
La question ouverte est de savoir si ce « pont » annoncé débouchera sur une réintégration formelle ou sur un simple canal de discussion sans lendemain. L’UA craint un précédent dangereux : normaliser les régimes militaires du Sahel affaiblirait sa doctrine antigolpe. À l’inverse, les maintenir hors du jeu pousse ces pays toujours plus loin vers la Russie, la Chine et leurs propres alliances parallèles, comme l’AES, perçue comme une riposte à l’ostracisme occidental et africain officiel.
Aucune annonce concrète n’a filtré sur un éventuel allègement des sanctions ou sur un calendrier de retour à l’ordre constitutionnel. Le communiqué burundais évoque sobrement « les moyens à mettre en place pour jeter et consolider un pont de coopération ». Une formulation prudente qui ne trompe personne : l’UA n’est pas prête à lever les suspensions, mais elle ne peut plus feindre d’ignorer trois pays vastes et stratégiques. La visite de Ndayishimiye relève donc moins d’une avancée que d’un constat d’impuissance collective à trancher entre principes et réalités sécuritaires.



