Le pape Léon XIV est arrivé mardi 21 avril à Malabo, dernière étape de son voyage africain. C’est la première visite d’un souverain pontife en Guinée équatoriale depuis 44 ans. Le dernier était Jean‑Paul II, en 1982. En trois jours, le pape rencontrera les autorités politiques et religieuses, visitera un hôpital psychiatrique et une école portant le nom de son prédécesseur François, disparu il y a un an jour pour jour.
Avec près de 75 % de catholiques sur deux millions d’habitants, la Guinée équatoriale est le pays le plus catholique de cette tournée africaine. Pour Léon XIV, l’Église locale constitue la « colonne vertébrale » du pays. Elle est omniprésente dans les universités et les hôpitaux, et sa croissance a fait passer le nombre de diocèses de trois à cinq en quelques années. Ce dynamisme contraste pourtant avec la nature du régime qui l’accueille.
La visite coïncide avec le 170e anniversaire de l’évangélisation de l’ancienne colonie espagnole. En 1982, Jean‑Paul II avait déjà trouvé Teodoro Obiang à la tête du pays, trois ans après son putsch. Obiang est toujours là, quarante‑quatre ans plus tard. Il détient le record mondial de longévité pour un chef d’État non monarchique. Derrière la façade d’une ferveur catholique affichée, la Guinée équatoriale reste un modèle d’autoritarisme, d’arbitraire et de corruption, régulièrement épinglé par les organisations internationales.
Léon XIV n’a pas mâché ses mots lors des étapes précédentes du voyage. Il a dénoncé les « tyrans » qui étouffent les peuples et la corruption qui ruine l’avenir des sociétés. À Malabo, ses paroles seront scrutées. Le régime obiangiste, qui contrôle l’appareil sécuritaire et réprime toute dissidence, supporte mal les critiques publiques. Une sortie trop frontale du pape pourrait crisper les relations, mais un silence diplomatique serait perçu comme une caution implicite. Le souverain pontife joue ici son crédit moral.
En février dernier, les autorités équato‑guinéennes ont imposé une retenue sur le salaire des fonctionnaires et des militaires pour financer la venue du pape. La mesure a provoqué des contestations, vite étouffées par la peur et la répression. Dans un pays où l’économie ne profite qu’à une infime élite autour du clan présidentiel, faire payer les agents publics pour une visite officielle en dit long sur les priorités du pouvoir. Les Églises locales, souvent seules à pouvoir critiquer sans être immédiatement brisées, observent avec attention si Léon XIV osera nommer cette injustice.
La Guinée équatoriale n’est pas un terrain ordinaire pour l’Église catholique. Le régime y pratique une instrumentalisation habile de la religion, tout en muselant les prêtres les plus critiques. Plusieurs voix dissidentes ont été réduites au silence par l’exil ou l’intimidation. En acceptant de venir, Léon XIV prend le risque de légitimer par sa seule présence un système qu’il dénonce par ailleurs. Mais il peut aussi, s’il parle vrai, offrir un rare espace de vérité à une population qui n’en a presque plus. La messe finale décidera de la portée réelle de ce pèlerinage sous haute tension.



