Le président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, a appelé lundi à Ouagadougou à la construction d’un « avenir commun » entre l’UA et la Confédération des États du Sahel (AES). Une déclaration à la fois symbolique et politique, prononcée à l’issue d’un entretien avec le capitaine Ibrahim Traoré, qui rompt avec le silence prudent observé jusqu’ici par l’UA face à la défiance croissante des régimes sahéliens.
Devant la presse, Ndayishimiye a salué l’engagement du dirigeant burkinabè dans la lutte antiterroriste, ainsi que le soutien populaire dont il bénéficie. Il a dit avoir constaté une « situation stable » et un accueil chaleureux. Les discussions ont porté sur les défis sécuritaires au Sahel, mais aussi sur les conditions d’un rapprochement institutionnel entre l’UA et l’AES, qui regroupe le Burkina, le Mali et le Niger. Le chef d’État burundais a promis de remettre un rapport à l’UA, espérant qu’il servira de base à une réconciliation durable.
Cette visite intervient dans un climat de tension inédit entre l’Union africaine et les pays de l’AES. Depuis leurs ruptures avec la Cedeao et leur rapprochement militaire avec la Russie, Bamako, Ouagadougou et Niamey affichent une souveraineté agressive, tout en restant officiellement membres de l’UA. Mais l’organisation panafricaine, souvent perçue comme lente et inféodée aux anciennes puissances, peine à peser. Ndayishimiye, en venant sur place, cherche à incarner un dialogue direct, là où les sommets à distance échouent.
L’issue de cette médiation reste incertaine. Si l’UA parvient à maintenir un canal diplomatique ouvert, elle pourrait éviter une rupture définitive qui affaiblirait encore la gouvernance continentale. Mais les régimes sahéliens exigent des actes, non des déclarations. Ndayishimiye devra convaincre ses pairs que l’UA n’est pas un simple relais des puissances occidentales. Le rapport qu’il prépare sera un test : trop tiède, il sera ignoré ; trop critique, il refera les blessures.
Sur le terrain, la donne sécuritaire reste explosive. Le capitaine Traoré mise sur une communication militaire efficace, mais les attaques jihadistes n’ont pas disparu. Or, sans résultats tangibles, le discours de « l’avenir commun » risque de paraître déconnecté des réalités. Certains observateurs voient dans la démarche de Ndayishimiye une tentative de l’UA pour ne pas être totalement évincée du Sahel, alors que la Russie et la Turquie y gagnent du terrain.
En coulisses, plusieurs capitales africaines suivent cette visite avec attention. L’AES ne veut plus être traitée en partenaire mineur, mais en acteur incontournable. Si Ndayishimiye obtient des avancées, cela pourrait créer un précédent pour d’autres régions en crise. En revanche, un échec renforcerait la thèse des dirigeants sahéliens : l’UA serait devenue une coquille vide, inutile face aux vrais défis. La vérité est brutale : l’Afrique n’a pas les moyens de ses divisions. Mais les réconcilier, c’est d’abord accepter de se parler sans arrogance.



