Le nigérian Terra Industries construit actuellement à Accra, au Ghana, la plus grande usine de drones du continent africain. Baptisée « Pax 2 », cette installation de 3 150 m² doit entrer en service fin juin 2026 et atteindre une capacité annuelle de 50 000 unités d’ici 2028, drones de surveillance, drones intercepteurs et systèmes anti drones compris.
L’usine ghanéenne viendra épauler la première unité de production « Pax 1 » située à Abuja, au Nigeria. Elle emploiera environ 120 ingénieurs et fonctionnera en continu pour répondre à la demande régionale croissante. Parmi les systèmes phares figurent le drone longue portée Archer VTOL, le drone tactique rapide Iroko et l’intercepteur Kama, conçu spécifiquement pour la guerre anti drones. Terra Industries a levé 34 millions de dollars en janvier et février 2026 pour financer cette expansion et renforcer ses équipes techniques sur le continent.
Cette décision intervient alors que les groupes armés au Sahel et en Afrique subsaharienne utilisent de plus en plus des drones commerciaux modifiés, y compris des drones à fibre optique, comme systèmes d’attaque. Ces tactiques, observées lors des conflits récents au Moyen Orient et en Europe de l’Est, ont accéléré la demande en systèmes de défense intégrés mêlant surveillance, guerre électronique et riposte cinétique. Terra Industries, fondée en 2024 par Nathan Nwachuku et Maxwell Maduka, se positionne explicitement comme une alternative à l’architecture de sécurité étrangère.
À terme, l’usine Pax 2 doit servir de base régionale de production pour protéger les infrastructures critiques du continent. L’entreprise affirme que ses solutions sécurisent déjà des actifs évalués à environ 11 milliards de dollars en Afrique, avec des contrats dans les centrales électriques au Nigeria et les sites miniers au Nigeria et au Ghana. Elle prévoit également une expansion dans la sécurité transfrontalière et la lutte antiterroriste. La mise en service est programmée pour fin juin 2026, ce qui en fera un test grandeur nature de la souveraineté industrielle de défense africaine.
Terra Industries ne se limite pas aux drones aériens. Elle développe des tours de surveillance autonomes, des véhicules terrestres sans pilote et des systèmes de surveillance maritime, le tout piloté par une plateforme logicielle propriétaire, ArtemisOS, capable de détecter les menaces en temps réel, de planifier des missions autonomes et de coordonner les interventions dans des environnements vastes et difficiles. Selon le PDG Nathan Nwachuku, « la seule façon pour l’Afrique de connaître une paix durable est de s’unir pour construire une défense souveraine, et non de s’en remettre à une architecture de sécurité étrangère ».
L’entreprise évoque également un portefeuille de projets dans les secteurs public et privé de plusieurs dizaines de millions de dollars, ainsi qu’une expansion dans la lutte contre le terrorisme transfrontalier. Reste une question ouverte : la capacité de Terra à tenir ses délais et ses volumes de production, dans un secteur où les chaînes d’approvisionnement mondiales restent fragiles et où la concurrence des acteurs étrangers, notamment turcs et chinois, demeure féroce. L’usine Pax 2 sera le premier test concret de la promesse d’une défense souveraine « made in Africa ».



