Le Mali organise ce jeudi 30 avril 2026 des obsèques nationales à la mémoire du général Sadio Camara, ministre d’État et ministre de la Défense, mort cinq jours plus tôt des suites de blessures reçues lors d’une série d’attaques coordonnées d’une violence inédite. La cérémonie se tient place d’armes du 34e bataillon du génie militaire à Bamako, sous un décret présidentiel signé par le chef de la transition, le général Assimi Goïta. Une disparition qui frappe au sommet de l’appareil sécuritaire malien, en plein cœur d’une crise multidimensionnelle.
Selon le récit officiel, l’offensive du 25 avril a visé simultanément plusieurs villes stratégiques : Bamako, Kati, Gao, Kidal et Sévaré. Des infrastructures militaires, la résidence présidentielle et d’autres sites sensibles ont été prises pour cibles. À Kati, la résidence personnelle du ministre de la Défense aurait été frappée par un véhicule piégé. Grièvement blessé, Sadio Camara a été évacué d’urgence vers un hôpital militaire où il a succombé. Les attaques ont été revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et par le Front pour la libération de l’Azawad (FLA), alliance inédite entre mouvements jihadiste et séparatiste.
Né en 1979 à Kati, major de sa promotion à l’École militaire interarmes de Koulikoro, Sadio Camara était un produit du sérail militaire sahélien. Officier de terrain dans le nord du pays, il a basculé sur la scène politique après le putsch d’août 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta. Nommé ministre de la Défense en octobre 2020, écarté lors des tensions de mai 2021, il est revenu plus influent que jamais. Il est rapidement devenu l’incarnation militaire de la rupture avec la France et le partenaire privilégié de la Russie, dans un Mali en quête de reconquête stratégique et de souveraineté sécuritaire affichée.
La mort de Sadio Camara pose une question ouverte sur la continuité de la politique défensive malienne. L’homme était l’architecte principal du recentrage militaire et diplomatique du pays. Son absence, à un moment où les fronts jihadiste et séparatiste s’unissent tactiquement, risque de créer un vide de commandement et de doctrine. Pour la junte, déjà fragilisée par des délais de transition non tenus et des tensions internes, le défi est double : maintenir la cohésion des forces armées et éviter qu’un successeur ne vienne réouvrir les compromis avec les partenaires occidentaux quittés en fracas.
Les observateurs s’interrogent sur les lacunes sécuritaires qu’a révélées cette offensive coordonnée. Que plusieurs attaques aient pu être menées simultanément sur des sites aussi protégés que la résidence présidentielle ou le domicile d’un ministre de la Défense indique une défaillance du renseignement et de la réactivité des unités d’élite. Aucune enquête indépendante n’est pour l’instant prévue. Dans la rue malienne, où le général Camara était respecté mais craint pour son rôle clé dans la purge anti-occidentale des dernières années, le choc côtoie une lassitude profonde : celle d’un pays qui n’en finit pas de payer le prix de sa guerre asymétrique.



