Vendredi 1er mai, le groupe armé des Forces démocratiques alliées, affilié à l’État islamique, a enlevé plusieurs dizaines de civils à Lisoma, dans le territoire de Mambasa en Ituri, nord est de la République démocratique du Congo. Le nombre exact des otages reste incertain, mais les autorités coutumières évoquent un bilan lourd. Aucune intervention militaire n’a entravé l’attaque.
Selon la société civile locale, les assaillants ont également pillé des récoltes dans les zones agricoles environnantes, notamment à Kanana, Leta Crédit, Mikingi et Mapendo. L’Association pour la promotion des droits des enfants et des femmes vulnérables décrit Lisoma comme une localité livrée à elle même, sans présence militaire pour protéger les habitants. En conséquence, la société civile appelle la population à la plus grande vigilance.
Ces enlèvements s’inscrivent dans une dynamique d’expansion rapide des ADF en Ituri. Depuis le début de l’année, l’ONU et les organisations locales dénombrent plus de 400 rapts dans la province. Mi avril, une offensive menée par l’armée congolaise et ses alliés ougandais avait permis de libérer près de 200 otages détenus par le groupe. Cette opération n’a visiblement pas suffi à endiguer la vague de violences.
Les ADF ne cessent d’étendre leur terrain d’action. Si les sources militaires avancent que ces enlèvements visent un recrutement forcé, plusieurs chercheurs estiment que la logique a évolué. Depuis quelques mois, les ravisseurs exigent des rançons auprès des familles, ajoutant une finalité économique à la terreur. Cette double mécanique enlèvement contre rançon et enrôlement forcé pourrait encore intensifier la pression sur les populations rurales.
Sur le terrain, la disparition de l’autorité militaire dans plusieurs zones fragilise davantage les communautés. Les habitants de Lisoma et des localités voisines se retrouvent seuls face à un groupe armé rompu aux tactiques de guérilla. La société civile dénonce une carence persistante de l’État, incapable de sécuriser des territoires entiers. Sans déploiement rapide et coordonné, les ADF pourraient continuer à instrumentaliser ces vides sécuritaires pour asseoir leur emprise.
Ce modèle enlèvement rançon, inspiré d’autres groupes djihadistes, marque un tournant opérationnel pour les ADF. Il ne s’agit plus seulement de semer la terreur ou de contrôler des zones stratégiques. Le groupe cherche désormais à générer des revenus stables pour financer sa logistique et ses recrutements. Tant que cette économie prédatrice ne sera pas démantelée, les populations civiles resteront la cible principale d’une violence méthodique et impunie.



