Le prix du tungstène s’envole. Fin avril, la tonne de paratungstate d’ammonium (APT) a franchi le seuil des 3 000 dollars, soit une hausse de plus de 200 % depuis le début de l’année. Derrière ce rallye, une cause majeure : les restrictions à l’exportation imposées par la Chine, qui domine le marché mondial. En Afrique, deux pays espèrent tirer leur épingle du jeu. Mais seul l’un d’eux est réellement en position de force.
Ce pays, c’est le Rwanda. En 2024, il a exporté près de 2 384 tonnes de tungstène, pour une valeur de 35,76 millions de dollars. La RDC, son voisin de l’est, affiche des chiffres bien plus modestes : 213 tonnes de production artisanale en 2025, et seulement 94,5 tonnes exportées, valorisées à 1,3 million de dollars. L’écart tient en grande partie à une mine, Nyakabingo, détenue par Trinity Metals. Présentée comme la plus grande productrice de tungstène du continent, elle extrait entre 100 et 110 tonnes de wolframite par mois.
Le tungstène appartient à la famille des métaux dits 3T, avec l’étain et le coltan. Sa densité et sa résistance aux températures extrêmes en font un matériau stratégique pour les industries de défense et aérospatiales. La demande militaire, actuellement autour de 12 % du marché mondial, devrait atteindre 15 % d’ici 2027-2028. Mais c’est le secteur automobile qui reste le premier consommateur, avec 25 à 30 % de la demande. La Chine, qui concentre l’essentiel de la production et des exportations, a réduit ses quotas miniers en 2025 et n’a autorisé que 15 entreprises à exporter du tungstène pour la période 2026-2027.
Cette stratégie chinoise de contraction de l’offre pousse les acheteurs occidentaux à chercher des alternatives. Le Rwanda a anticipé. En août 2025, Kigali et Washington ont signé un accord commercial inédit. Dès septembre, une première cargaison officielle de tungstène rwandais a rejoint les États Unis. Le partenariat lie Global Tungsten and Powders à Trinity Metals, dont l’actionnaire TechMet est soutenu par l’agence américaine de financement du développement, la DFC. Un signe clair d’engagement à long terme.
La RDC, elle, reste absente de ce jeu diplomatique et industriel. Pourtant, des investisseurs américains commencent à s’intéresser à ses sous sols, notamment pour l’exploration et la production d’autres métaux critiques. La mise en place éventuelle d’une réserve d’actifs miniers stratégiques aux États Unis pourrait, à terme, ouvrir une fenêtre pour Kinshasa. Mais pour le tungstène, le rapport de force est déjà fixé. Le Rwanda est seul en première ligne.



