Le roi du Maroc, Mohammed VI, a nommé samedi 2 mai le prince héritier Moulay El Hassan, 22 ans, coordinateur des bureaux et services de l’état‑major général des Forces armées royales (FAR). Une décision publiée par le cabinet royal, sans faste ni cérémonie, mais dont le sens stratégique ne souffre aucune ambiguïté : placer l’héritier direct au centre du dispositif militaire, là où se préparent et se coordonnent les hautes décisions de défense.
Le poste de coordinateur des bureaux et services de l’état‑major général n’est pas une simple fonction protocolaire. Il permet au prince héritier d’accéder à l’organigramme réel des hauts gradés, de suivre le travail des services centraux et d’interagir avec les officiers généraux. Officiellement chef suprême et chef d’état‑major général des FAR, Mohammed VI ne délègue aucun pouvoir, mais il offre à son fils un poste d’observation et d’apprentissage direct, à l’abri des regards extérieurs.
Le roi lui‑même a occupé cette même fonction à partir de 1985, nommé par son père Hassan II. À l’époque, il s’agissait déjà d’un passage obligé avant d’assumer des responsabilités militaires élargies. En reprenant ce précédent dynastique, Mohammed VI inscrit la montée en puissance de Moulay El Hassan dans une logique de continuité du régime. Au Maroc, la légitimité du trône passe aussi par le commandement des armes : plus qu’un symbole, cette nomination rappelle que la succession se prépare longtemps à l’avance, sans espace pour l’improvisation.
À moyen terme, cette évolution devrait s’accompagner d’une exposition progressive du prince héritier à d’autres responsabilités régaliennes, notamment diplomatiques et sécuritaires. La coordination des bureaux de l’état‑major lui offre une vision transversale des dossiers de défense, du renseignement à la logistique, en passant par les relations avec les partenaires étrangers. On peut anticiper que Moulay El Hassan apparaîtra plus régulièrement aux côtés de son père lors des grandes revues militaires ou des visites d’unités, tout en restant longtemps dans l’ombre opérationnelle.
Cette nomination intervient dans un contexte régional instable, où le Maroc modernise ses équipements et structure son industrie de défense. Placer l’héritier au sein de l’état‑major, c’est aussi envoyer un message aux alliés comme aux rivaux : la continuité de l’autorité militaire ne dépendra pas des aléas politiques. À 22 ans, Moulay El Hassan n’a pas de réel pouvoir décisionnel, mais il observe et apprend. Les observateurs de la monarchie chérifienne notent que le Maroc ne prend jamais de risque en matière de transmission du commandement des FAR, pilier de la stabilité du régime.



