Le Soudan a rappelé son ambassadeur en Éthiopie pour consultations, accusant Addis-Abeba d’avoir participé, aux côtés des Émirats arabes unis, à une attaque de drones contre l’aéroport international de Khartoum. Survenue le 4 mai 2026, cette frappe est la deuxième en dix jours visant la capitale, sous le contrôle de l’armée régulière. Les Forces de soutien rapide (FSR), paramilitaires en guerre contre l’armée soudanaise, ont revendiqué l’opération.
Selon un bilan de l’armée soudanaise, quatre missiles ont été lancés sur l’aéroport. Deux ont touché un bâtiment administratif à l’est de la zone portuaire, deux autres sont tombés sur des habitations voisines. Aucune victime n’est à déplorer, mais l’aéroport a été fermé pour 72 heures et plusieurs édifices gouvernementaux évacués par crainte de nouvelles frappes. Des bases militaires à Omdurman et à Khartoum-Bahri ont également été visées. Des témoins ont diffusé sur les réseaux sociaux des vidéos montrant d’épaisses colonnes de fumée noire s’élevant au-dessus de la capitale.
Depuis le début de la guerre entre l’armée soudanaise et les FSR en avril 2023, plusieurs puissances régionales sont accusées d’interférences. Khartoum soupçonne l’Éthiopie de fournir un soutien logistique et territorial aux paramilitaires, notamment en autorisant l’utilisation de bases situées sur son sol pour lancer des drones longue portée. Les FSR, qui contrôlent de vastes zones au Darfour et au Kordofan, affirment que ces frappes viennent bien de l’intérieur du territoire éthiopien. Les Émirats arabes unis, déjà critiqués pour leur soutien présumé aux FSR, sont également mis en cause par le gouvernement soudanais.
Ce rappel d’ambassadeur menace de dégrader encore un peu plus les relations déjà tendues entre le Soudan et l’Éthiopie, en crise sur plusieurs dossiers : le grand barrage de la Renaissance, les différends frontaliers d’Al Fashaga, et la guerre au Tigré. Si Khartoum concrétise son accusation par une saisine des instances continentales, l’Union africaine pourrait se trouver une nouvelle fois impuissante à apaiser les tensions. À court terme, le risque d’une escalade militaire régionale ne peut être exclu, d’autant que les frappes de drones des FSR s’intensifient ailleurs dans le pays.
Depuis la semaine dernière, les drones des FSR ont frappé plusieurs localités dans les États du Kordofan du Nord, du Nil Bleu, de Gedaref et d’al-Jazira. Dans ce dernier État, c’est la maison familiale d’Abou Akla Kikel, ancien commandant des FSR rallié à l’armée en octobre 2024, qui a été visée. Neuf personnes ont été tuées, dont deux de ses frères et un commandant de sa force. Kikel, qui dirige désormais la force « Bouclier d’al-Jazira », est accusé d’exactions par les deux belligérants. Ces frappes ciblées montrent que les FSR cherchent désormais à décapiter les alliances locales de l’armée, transformant chaque État en un nouveau champ de bataille.



