Le général Assimi Goïta, chef de la transition malienne, a repris en main le ministère de la Défense après la mort du général Sadio Camara, tué le 25 avril dans des attaques coordonnées attribuées à des groupes jihadistes. Un ministre délégué, le général Oumar Diarra, a été nommé pour assurer la gestion courante, mais la tutelle directe des armées revient désormais au président de la transition. Une décision forte, qui concentre un peu plus les leviers du pouvoir entre les mains de l’homme fort de Bamako.
Cette prise de contrôle intervient dans un climat d’intensification des opérations militaires. En moins d’une semaine, l’état major des Forces armées maliennes (FAMa) annonce plus d’une centaine de combattants neutralisés. Des frappes ont visé Sévaré (Mopti), Kolokani (Koulikoro), Kidal, puis simultanément le sud est de Gourma Rharous (Tombouctou) et Sébabougou (Kita). L’armée dit avoir détruit des bases, intercepté des colonnes en repli et récupéré du matériel. La réponse est massive, mais elle soulève aussi des questions sur la coordination et les éventuelles failles sécuritaires ayant permis l’attaque ayant coûté la vie au ministre.
Sadio Camara n’était pas un ministre ordinaire. Proche d’Assimi Goïta, ancien directeur de cabinet du président de la transition, il incarnait la ligne dure de la rupture militaire avec la France et le rapprochement avec Wagner (devenu Africa Corps). Sa nomination à la Défense, en décembre 2024, avait été perçue comme un signal de continuité dans la stratégie antijihadiste et antisystème de Bamako. Sa mort, survenue à moins de deux ans des élections théoriquement prévues pour 2026, plonge la transition dans une nouvelle épreuve de légitimité et de contrôle sécuritaire.
Rien n’indique que Goïta compte desserrer l’étau. En prenant lui même la Défense, il verrouille la chaîne de commandement et évite une possible concurrence interne au sein des généraux. Mais ce cumul est risqué : en cas de nouveau revers militaire, ce sera lui seul qui en portera la responsabilité directe. L’enquête ouverte par le parquet militaire pour « complicité interne » laisse entrevoir des purges possibles au sein de l’appareil sécuritaire. La guerre contre les jihadistes, déjà chronique, devient aussi une affaire de survie politique personnelle.
Les obsèques nationales du général Camara, le 30 avril à Bamako, ont été sobres mais très suivies. Officiellement, le deuil unit les FAMa. Officieusement, le doute s’installe : comment des groupes armés ont ils pu frapper aussi précisément, au point de tuer un ministre de la Défense en opération ? Les arrestations en cours, non chiffrées officiellement, concerneraient des personnes suspectées de renseignement au profit des jihadistes. Ce volet trouble, rarement commenté par la junte, rappelle que la guerre au Mali n’est pas qu’une affaire de frappes aériennes et de colonnes motorisées. Elle se gagne aussi, et peut être surtout, dans le renseignement et la loyauté des réseaux locaux.



