Une trentaine de banques russes étudient activement une entrée sur les marchés d’Afrique de l’Ouest. L’annonce a été faite par Elena Skvortsova, vice‑présidente de l’Association des banques de Russie (ABR), en marge du forum économique international « Russie – Monde islamique » qui se tient à Kazan du 12 au 17 mai. Cette déclaration, rapportée par le média African Initiative, confirme l’accélération des ambitions russes hors des circuits occidentaux.
Selon les derniers sondages de l’ABR, ces établissements envisagent plusieurs modalités d’implantation, dont une coopération avec le Système de Paiement et de Règlement Panafricain (PAPSS), déjà utilisé par des banques ghanéennes. Skvortsova assure que les banques russes « sont prêtes à proposer des solutions fiables et flexibles, tout à fait légales et répondant à des normes élevées de cybersécurité ». L’ABR travaille en coordination avec la Banque centrale et le ministère des Finances russes, ce qui donne un poids institutionnel certain au projet.
Cette offensive intervient alors que les banques russes subissent de plein fouet les sanctions occidentales consécutives à l’invasion de l’Ukraine. Isolées du système SWIFT et coupées de nombreux correspondants européens et américains, elles cherchent désespérément des corridors financiers alternatifs. L’Afrique de l’Ouest, où plusieurs régimes sont en rupture avec Paris et Bruxelles, apparaît comme une terre d’accueil politique et économique. Dès 2023, l’ABR avait signé un protocole d’accord avec l’Association des banques d’Afrique de l’Ouest, posant les jalons de ce rapprochement.
Les prochains mois diront si cette volonté se transforme en actes. Skvortsova mise sur un dialogue direct entre l’ABR et l’Association des banques du Ghana, en vue d’un accord formel. Si celui-ci aboutit, le Ghana pourrait devenir une plate‑forme régionale pour les paiements en roubles et le financement de projets russes. À terme, Moscou espère ainsi créer un écosystème financier parallèle, affranchi des contraintes occidentales, mais sa capacité à garantir la liquidité et la confiance reste à prouver.
L’ABR revendique plus de 200 membres, représentant plus de 90 % des actifs bancaires russes. Cela inclut des établissements déjà sous sanctions, comme Sberbank ou VTB, mais aussi des banques régionales plus discrètes. Skvortsova affirme que « les entreprises russes souhaitent participer à des projets dans les secteurs agricole, industrie légère, infrastructures et finance ». Autrement dit, la manœuvre bancaire n’est qu’un cheval de Troie pour des intérêts économiques plus larges.
Reste une question centrale : les régulateurs ouest‑africains accepteront‑ils d’ouvrir leurs systèmes à des banques sous sanctions internationales ? Le risque de mesures de rétorsion secondaires est réel pour les États concernés. Le discours officiel russe insiste sur la légalité et la cybersécurité, mais, sur le terrain, les garanties contre le contournement des sanctions paraîtront sans doute fragiles. Ce bras de fer financier entre Moscou et l’Occident aura l’Afrique de l’Ouest pour nouveau théâtre.



