Samedi 16 mai 2026, le Botswana a dit adieu à Festus Gontebanye Mogae, ancien président décédé le 8 mai à 86 ans. Lors d’une cérémonie nationale au Centre sportif de l’Université de Gaborone, chefs d’État, diplomates et milliers de citoyens ont rendu hommage à un dirigeant qui restera comme l’artisan discret mais déterminé de la stabilité botswanaise, autant par sa rigueur économique que par sa lutte frontale contre le VIH/sida.
Président de 1998 à 2008, Mogae a pris la tête d’un pays alors confronté à l’un des taux d’infection par le VIH les plus élevés au monde. Plutôt que de céder au déni, il a lancé l’un des programmes de traitement antirétroviral les plus massifs d’Afrique, inversant la courbe de la mortalité. Économiste de formation, il a aussi maintenu une croissance solide portée par les diamants, sans sombrer dans la prédation rentière. Son départ volontaire après deux mandats, au profit de son vice-président Ian Khama, a renforcé l’image d’une transition exemplaire en Afrique australe.

Ce modèle botswanais, souvent vanté par les institutions internationales, repose sur une exception locale : une démocratie parlementaire stable depuis l’indépendance en 1966, une gestion conservatrice des revenus miniers et une relative absence de conflits ethniques ouverts. Pourtant, ce récit mérite d’être nuancé. Sous Mogae, les inégalités sont restées criantes, et la dépendance au diamant a fragilisé l’économie à long terme. Surtout, l’ombre d’Ian Khama, son successeur autoritaire, a plus tard terni l’héritage de cette école politique. Mogae n’a pas réglé toutes les contradictions, mais il a eu le mérite de ne jamais les masquer.
Avec la disparition de Mogae, le Botswana perd une conscience morale, mais aussi un rappel vivant de ce qu’une gouvernance sobre peut accomplir. Le président sortant, Duma Boko, a salué un homme « discipliné et patriote ». L’enjeu pour Gaborone est désormais de savoir si cette mémoire sera instrumentalisée ou véritablement inspirante. Alors que le pays cherche à diversifier son économie et à réduire sa vulnérabilité face aux fluctuations du marché du diamant, l’exemple Mogae invite à ne pas confondre stabilité politique et immobilisme.

Le parcours de Mogae comporte une leçon plus crue pour le continent : le leadership efficace ne se mesure pas à l’intensité de la communication, mais à la capacité d’agir face à l’urgence sanitaire et sociale. Là où d’autres chefs d’État africains ont minimisé le sida par calcul politique, Mogae a mobilisé des ressources publiques sans attendre l’aide étrangère. Ce réalisme lui a valu le Prix Ibrahim en 2008, distinction rare pour un dirigeant africain encore en vie à l’époque, et souvent décernée à ceux qui acceptent de quitter le pouvoir.
Les funérailles ont aussi été marquées par une étape émouvante à Serowe, sa ville natale, où la communauté Bangwato est venue l’accompagner. Conformément à ses dernières volontés, Festus Mogae a été inhumé au cimetière de Phomolong Memorial Park à Phakalane, non loin de la capitale. Un hommage sobre pour un homme qui n’aimait pas les excès. Mais que les observateurs retiennent ceci : si le Botswana est aujourd’hui un cas à part en Afrique, c’est aussi parce que Mogae a refusé de transiger avec le réel. Le reste relève de l’hagiographie, que son héritage n’a pas besoin.



