Le prince héritier Moulay El Hassan, 23 ans, vient d’être nommé coordinateur des services et cabinets de l’état-major général des Forces armées royales marocaines. Une fonction stratégique que son père, le roi Mohammed VI, avait lui-même occupée avant d’accéder au trône. L’institution monarchique, l’une des plus riches du continent, amorce ainsi une phase silencieuse mais méthodique de préparation à la relève.
Cette nomination ne relève pas du protocole. Elle place le jeune prince au cœur du renseignement, de la modernisation militaire et de la coordination sécuritaire d’une armée considérée comme l’une des plus opérationnelles d’Afrique. Concrètement, El Hassan aura accès aux briefings de défense et participera aux grandes orientations stratégiques. Un palier supplémentaire franchi après des années de mise en visibilité publique mesurée, mais croissante.
Le précédent familial est clair. En 1985, le roi Hassan II avait confié un poste similaire à l’actuel souverain, alors prince héritier. Mohammed VI a reproduit le schéma, à cette différence près que son état de santé récurrent, notamment des lombalgies ayant nécessité un « repos fonctionnel » officiel en début d’année, rend la montée en puissance de son fils plus lisible. La monarchie alaouite, vieille de quatre siècles, ne laisse rien au hasard.
Aucune urgence dans l’immédiat, mais une trajectoire désormais tracée. À moyen terme, El Hassan devrait continuer à gagner en épaisseur politique : présidences de cérémonies internationales, accueil de dignitaires étrangers, inauguration d’équipements structurants comme la tour Mohammed VI à Rabat (550 millions d’euros). L’objectif est double : familiariser l’opinion avec son futur roi, et rassurer les partenaires étrangers sur la continuité de l’État.
Contrairement à son père, plus réservé, ou à son grand-père Hassan II, orateur flamboyant, El Hassan construit une image sobre, moderne et diplomatique. Le palais l’a exposé aux grands rendez-vous continentaux, comme la Coupe d’Afrique des nations en décembre 2025, où il a présidé la cérémonie d’ouverture. Une manière de le poser en figure de stabilité, mais aussi de renouvellement générationnel, face à une jeunesse marocaine de plus en plus critique.
Car le contexte social n’est pas neutre. En 2025, le Maroc a connu des mobilisations inédites depuis 2011, menées en ligne par des collectifs comme « GenZ 212 ». Hausse du coût de la vie, chômage des diplômés, inégalités territoriales : la rue a rappelé que la succession ne se joue pas seulement dans les états-majors. Le prince héritier devra, à terme, incarner une réponse crédible à ces frustrations, sans se contenter du rôle de prince décoratif. C’est là que sa légitimité future se jouera vraiment.



