Ce mercredi 20 mai, le Cameroun célèbre la fête de l’Unité nationale par un jour férié, sans école ni administrations ouvertes. À Yaoundé, sur le boulevard du 20 mai, le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, doit présider le traditionnel défilé civil et militaire. Pourtant, derrière les uniformes et les fanfares, le climat est morose, économiquement et politiquement. L’impatience gronde, et le camp présidentiel oppose une seule réponse : patience.
Près de cinq mois se sont écoulés depuis la promesse solennelle de Paul Biya, lors de son message de Nouvel an, de former un nouveau gouvernement « dans les prochains jours ». Ce gouvernement devait mener des réformes pour améliorer les conditions de vie des Camerounais. Force est de constater que rien n’a bougé. Le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, admet que cette fête intervient dans un climat d’impatience « bruyante », mais affirme que les électeurs, ayant reconduit Paul Biya à la présidentielle d’octobre, savent que « les choses avancent ». Une assertion qui peine à convaincre.
Le 20 mai renvoie au référendum constitutionnel de 1972, par lequel Ahmadou Ahidjo, prédécesseur de Paul Biya, supprima le système fédéral pour instaurer un État unitaire. Entre 1961 et 1972, le Cameroun était une république fédérale de deux entités : l’Est, ancienne tutelle française, et l’Ouest, ancienne tutelle britannique. C’est cette histoire que la fête est censée glorifier. Pourtant, l’unité nationale apparaît aujourd’hui plus fragile que jamais, minée par des crises politiques, sociales et sécuritaires.
À court terme, l’incertitude domine. L’opposition, elle, ne cache plus son désarroi. Cabral Libii, député du PCRN et troisième homme de la dernière présidentielle, résume sans détour : « Tout le monde suffoque en attendant que quelque chose bouge. » Joshua Osih, du SDF, va plus loin : selon lui, le régime applique une logique « diviser pour mieux régner », creusant les clivages entre clans, tribus et castes. À défaut de gouvernement, de réformes ou même d’un hypothétique vice‑président, le risque est celui d’une paralysie durable, tandis que la rue gronde.
Emmanuel Simh, vice‑président du MRC, ajoute un constat autrement plus grave : « Avec la persistance de la violence dans les régions anglophones et une fracture sociale toujours plus grande, on ne sait pas trop bien où le président Biya mène la barque Cameroun. » Ces régions du Nord‑Ouest et du Sud‑Ouest vivent un conflit armé latent depuis 2017, entre séparatistes et forces gouvernementales. Aucune amélioration significative n’est à signaler. La fête de l’Unité nationale sonne ainsi comme un défi au réel, la litanie officielle peinant à masquer l’urgence d’une refondation politique.
Aucun signe ne laisse présager d’une inflexion présidentielle rapide. L’absence de communication sur la composition du nouveau gouvernement, les réformes attendues ou même les priorités sécuritaires nourrit un sentiment d’abandon. La « patience » prônée par le camp Biya n’est pas une stratégie : c’est un aveu d’impuissance ou de mépris. Pour un public informé, la question n’est plus de savoir si l’unité nationale est menacée, mais comment le pouvoir compte encore l’incarner sans répondre aux urgences du présent. Le 20 mai 2025 restera comme le symbole d’une attente qui n’en finit pas.



