Le Rwanda ne retirera pas ses troupes de la province mozambicaine de Cabo Delgado. Kigali a confirmé mardi la poursuite de son déploiement militaire, après que Maputo s’est engagé à financer directement l’opération sécuritaire contre l’insurrection djihadiste. Une décision qui met fin à plusieurs semaines d’incertitude, alimentées par les réticences de l’Union européenne à renouveler son soutien financier.
C’est le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, qui a officialisé l’accord sur le réseau social X. Selon lui, les autorités mozambicaines ont assuré qu’elles continueraient à financer le déploiement, sans toutefois en préciser le montant ni la durée. Kigali avait pourtant averti plus tôt cette année qu’un retrait était envisageable en l’absence de garanties budgétaires suffisantes. La menace a fonctionné. Maputo a choisi de compenser les hésitations de Bruxelles.
Déployées pour la première fois en 2021 à la demande de Maputo, les forces rwandaises sont largement créditées d’avoir endigué l’avancée d’une insurrection liée au groupe État islamique. Cette province riche en gaz naturel liquéfié était alors partiellement sous contrôle djihadiste. L’intervention de Kigali a permis un retour relatif de la stabilité, ouvrant la voie à la reprise des activités de TotalEnergies et d’autres grands groupes énergétiques. Mais la Facilité européenne pour la paix n’a couvert qu’une partie limitée des coûts, et son hésitation à poursuivre son financement a poussé le Rwanda à revoir sa copie.
Désormais, tout repose sur la relation bilatérale directe entre Kigali et Maputo. Une relation asymétrique : le Mozambique a besoin des troupes rwandaises pour protéger ses investissements gaziers, tandis que le Rwanda consolide sa posture de puissance militaire régionale incontournable. Reste que l’absence de transparence sur les montants et la durée de l’accord bilatéral interroge. Plusieurs observateurs redoutent que Maputo ne s’engage dans un endettement sécuritaire à long terme, sans visibilité sur les objectifs finaux.
Sur le terrain, le bilan rwandais n’est pas dénué d’ambigüités. Les forces de Kigali affirment avoir contribué à la réouverture d’écoles, de commerces et au retour de communautés déplacées, tout en formant les unités de sécurité mozambicaines. Pourtant, plusieurs analystes soulignent que des attaques sporadiques continuent de se produire dans Cabo Delgado. La stabilité reste fragile, et le départ précipité des Rwandais ferait probablement basculer la région dans un nouveau cycle de violences. Maputo le sait. Kigali aussi.
Jamais les modalités précises de l’accord encadrant la présence rwandaise n’ont été rendues publiques. Cette opacité nourrit les spéculations : simple coopération sécuritaire ou véritable location de forces armées ? Les deux gouvernements se contentent de saluer régulièrement leur fructueuse collaboration. Mais sur un sujet aussi stratégique, le silence des détails financiers et opérationnels finit par peser. Pour les populations locales comme pour les investisseurs étrangers, la clarté n’est pas un luxe. C’est une condition de la confiance durable.



