Ce lundi 1er juin, plus de 50 millions d’Éthiopiens sont appelés aux urnes pour renouveler leur Parlement et leurs assemblées régionales. Un scrutin sous haute tension, alors que le Premier ministre Abiy Ahmed mise tout sur une reprise économique spectaculaire pour consolider son pouvoir, malgré une guerre civile toujours latente au Tigré et des réformes monétaires qui étranglent le pouvoir d’achat des ménages.
Le Parti de la prospérité, machine politique d’Abiy Ahmed, part largement favori face à une opposition émiettée. En 2021, il avait raflé 410 des 484 sièges. Mais cette fois, les électeurs votent dans un climat bien plus tendu. La libéralisation du birr, imposée par le FMI en échange de 3,4 milliards de dollars de soutien, a fait plonger la monnaie locale. Résultat : l’inflation remonte à 11,7 % et les prix alimentaires grimpent de 13,5 % sur un an. Les ménages, qui consacrent l’essentiel de leurs revenus à se nourrir et se déplacer, paient la facture des réformes.
Longtemps présentée comme le dragon africain, l’Éthiopie cumule depuis cinq ans les chocs : guerre du Tigré, pandémie, sécheresses et crise de la dette. Le conflit dans le nord, l’un des plus meurtriers du continent récent, a fait plusieurs centaines de milliers de morts entre 2020 et 2022. Si un accord de paix a été signé en novembre 2022, les tensions n’ont pas disparu. La Commission électorale a d’ailleurs simplement annulé le vote au Tigré, invoquant des « conditions défavorables ». Autrement dit, plus de six millions d’habitants sont privés d’urnes.
Les regards des bailleurs de fonds et des investisseurs étrangers seront braqués sur l’après scrutin. Abiy Ahmed promet une croissance de 10,2 % pour 2025 2026, portée par l’ouverture du secteur bancaire aux étrangers et le lancement de la première bourse de valeurs du pays. Mais la dépréciation du birr rend les importations plus chères, et l’instabilité sécuritaire en Oromia et en Amhara, où huit circonscriptions n’ont pas pu voter, pourrait faire dérailler le plan de route. Les résultats provisoires, attendus pour le 11 juin, diront si les urnes valident ou fragilisent ce pari.
Dans les faits, l’économie éthiopienne tient sur un équilibre précaire. Les exportations de marchandises ont généré plus de 5 milliards de dollars au premier semestre, et les investissements directs étrangers ont atteint 2,3 milliards. Pourtant, sur le terrain, ce sont surtout la vie chère et les pénuries de devises qui marquent les esprits. Abiy Ahmed joue sa crédibilité sur la promesse d’une transformation rapide, mais les ménages, eux, jugent à la caisse du supermarché. Tant que l’inflation alimentaire ne sera pas jugulée, le prix politique des réformes restera un boulet pour le pouvoir.



