Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a nommé lundi un gouvernement de trente membres, dirigé par le Premier ministre Ahmadou Alamine Mohamed Lo. L’annonce, officialisée par le décret n°2026-1130, intervient quelques heures après une déclaration fracassante du Pastef Les Patriotes, le parti fondé par Ousmane Sonko, qui a décidé de ne pas participer à cet exécutif. Aucun ministre issu de cette formation ne siègera donc au sein de la nouvelle équipe.
L’exécutif compte vingt six ministres et quatre ministres auprès de ministres. Des portefeuilles stratégiques sont attribués à des profils techniques ou proches du chef de l’État : Yankoba Diémé à la Défense, Cheikh Diba à l’Économie et aux Finances, Mohamedou Makhtar Cissé à l’Intérieur, et Cheikh Niang aux Affaires étrangères. La Justice revient à Moussa Sarr, tandis que Marie Angélique Mame Selbé Diouf prend la Famille et l’Action sociale. Le gouvernement dispose aussi d’un porte parole, Bakary Sarr, à la Communication. Quatre ministres délégués et un secrétaire général du gouvernement, Papa Assane Touré, complètent ce dispositif.
Cette formation intervient dans un climat politique singulier. Le Pastef, mouvement qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir en 2024, a annoncé par la voix d’Ousmane Sonko son refus d’intégrer l’exécutif. Officiellement, le parti dit vouloir préserver son indépendance et sa mission de contrôle. Officieusement, cette décision révèle des tensions latentes entre la présidence et son aile militante, qui estime peut être ne pas avoir été suffisamment consultée sur les arbitrages. Jamais, depuis l’alternance de 2024, le parti majoritaire n’avait affiché un tel retrait de la gestion quotidienne du pouvoir.
La prochaine étape est le premier Conseil des ministres, prévu le 5 juin. Mais la véritable échéance est politique : comment gouverner lorsque son propre parti se met en retrait ? Le risque est une double fragmentation. D’un côté, un exécutif technocratique vulnérable aux critiques venues de sa propre base. De l’autre, un Pastef qui pourrait durcir son positionnement et jouer les vigies, voire les opposants internes. À moyen terme, cette configuration menace la stabilité parlementaire si des textes sensibles, comme la loi de finances, doivent être adoptés.
Des observateurs sénégalais voient dans ce gouvernement un pari assumé de la présidence : nommer des compétences plutôt que des fidèles de parti. Plusieurs ministres choisis, comme Cheikh Tidiane Dièye à l’Hydraulique ou Serigne Guèye Diop à l’Industrie, sont reconnus pour leur expertise sectorielle. Mais cette approche technocratique comporte un risque : celui de déconnecter l’action publique de l’appareil militant. Sans relais organique sur le terrain, les réformes risquent de buter sur l’indifférence ou l’hostilité des réseaux du Pastef. Le succès de ce gouvernement dépendra moins de sa taille que de sa capacité à exister politiquement sans son propre parti.



