Malgré un marché de plus de 200 millions de consommateurs, l’Afrique centrale demeure l’une des régions les moins intégrées du continent. Pourtant, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique estime que la pleine mise en œuvre de la ZLECAf pourrait augmenter les échanges intra-africains de plus de 50 %, voire les doubler si les barrières non tarifaires étaient levées.
Longtemps conçus pour acheminer les matières premières vers les marchés internationaux, les corridors de transport d’Afrique centrale pourraient devenir des leviers d’industrialisation régionale. C’est la vision défendue lors de la 5e édition du Pro Meet Up Leadership Forum (PML5), organisée le 1er juin à Yaoundé par la plateforme Pro Meet Up, fondée il y a six ans par Carole Mbessa Elongo.
L’ambition affichée est de transformer les principaux axes logistiques de la sous-région en véritables chaînes de valeur intégrées, capables de soutenir la transformation locale des ressources et de générer davantage de richesses au sein des économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Cette réflexion part d’un constat largement partagé par les participants. Selon Carole Mbessa Elongo, seulement 5 % des matières premières produites en Afrique centrale sont transformées localement. Dans le même temps, le commerce intrarégional ne représente qu’environ 4 % des échanges de la sous-région. Une grande partie des ressources naturelles est ainsi exportée à l’état brut avant d’être réimportée sous forme de produits finis, limitant les retombées économiques pour les pays producteurs.
Pour inverser cette tendance, les promoteurs du forum plaident pour une meilleure articulation entre les infrastructures de transport, les bassins de production et les unités industrielles. L’objectif est de faire des corridors régionaux non plus de simples voies de transit, mais des espaces de création de valeur, capables de stimuler l’industrialisation, l’emploi et les échanges entre les pays d’Afrique centrale. « Sans des corridors performants, il ne peut y avoir de chaînes de valeur performantes. Sans chaînes de valeur performantes, il ne peut y avoir d’industrialisation durable. Et sans industrialisation durable, il ne peut y avoir de transformation structurelle de nos économies », soutient Carole Mbessa Elongo.
Projet pilote
Dans cette perspective, le corridor Douala-N’Djamena-Bangui-Port-Gentil a été identifié comme projet pilote. Cette initiative vise à tirer parti des complémentarités économiques de plusieurs pays de la sous-région. Le Gabon apporterait notamment ses ressources forestières, la République centrafricaine son potentiel minier, le Tchad ses activités agropastorales, tandis que le Cameroun jouerait un rôle central grâce à ses infrastructures logistiques et portuaires.
Les intervenants ont également souligné les opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont la mise en œuvre pourrait accroître significativement les échanges commerciaux sur le continent. Les projections évoquées lors des travaux font état d’une hausse potentielle de plus de 50 % du commerce intra-africain, avec des gains supplémentaires attendus en cas de réduction des barrières non tarifaires.
L’intégration financière figure également parmi les leviers identifiés pour accompagner cette transformation. Les participants ont notamment plaidé pour une adoption plus large du système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), qui permet d’effectuer des transactions transfrontalières en monnaies locales et de réduire les coûts liés aux opérations commerciales.
La concrétisation de cette vision reste toutefois confrontée à plusieurs défis. Les entreprises continuent de faire face à des coûts logistiques élevés, à des insuffisances infrastructurelles ainsi qu’à des contraintes administratives qui freinent la circulation des biens et la compétitivité des économies de la sous-région.
Pour Carole Mbessa Elongo, l’enjeu est désormais d’accélérer la mise en place de mécanismes favorisant la transformation locale des ressources. Selon la présidente fondatrice du Pro Meet Up, le développement économique de l’Afrique centrale dépendra en grande partie de sa capacité à passer d’une économie de transit à une économie de création de valeur.



