Le président béninois Romuald Wadagni et le général Abdourahamane Tiani ont signé mardi 2 juin à Niamey un communiqué conjoint actant leur volonté de lever tous les obstacles à la coopération bilatérale, avec en première ligne la réouverture de la frontière commune, fermée depuis le coup d’État nigérien de juillet 2023. Une annonce forte, intervenant neuf jours seulement après l’investiture du nouveau chef d’État béninois.
Les deux dirigeants ont scellé leur accord en neuf points, à l’issue d’un tête à tête puis d’une séance de travail élargie. Le volet le plus concret reste la mise en place d’un comité d’experts chargé de rendre un rapport sous quinze jours sur les modalités de réouverture de la frontière. Par ailleurs, la commission mixte de coopération nigéro béninoise sera relancée, et une visite de réciprocité du général Tiani à Cotonou a été acceptée, sans date arrêtée pour l’instant.
Cette avancée met fin à une période de tensions aiguës déclenchées par le putsch du 26 juillet 2023 à Niamey. Le Bénin, pays voisin et traditionnel allié de la France, avait vu ses relations avec le Niger se dégrader rapidement après la prise de pouvoir par les militaires. La fermeture de la frontière commune avait asphyxié les échanges commerciaux, notamment pour les produits béninois transitant par le port de Cotonou vers le Sahel, et accru les tensions sécuritaires dans la région du nord Bénin.
Reste à savoir si cette déclaration d’intention se traduira par des actes rapides. Le délai de quinze jours donné au comité d’experts est volontairement court, signe d’une urgence partagée. Mais les divergences de fond subsistent : Niamey reste engagé dans l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Mali, tournant le dos à la CEDEAO que Cotonou ne souhaite pas quitter. La réussite de ce rapprochement dépendra aussi de la gestion des dossiers épineux des mines et du contrôle militaire de la frontière.
Sur le plan sécuritaire, Tiani et Wadagni ont réaffirmé leur volonté d’unir leurs forces contre le terrorisme et le banditisme. Une position en phase avec le discours d’investiture du président béninois, qui avait jugé ses voisins sahéliens comme des partenaires indispensables. Ce discours contraste avec les fermetures observées ces derniers mois, mais il traduit aussi un réalisme : sans coopération avec le Niger, la lutte contre les groupes armés dans le nord Bénin reste inefficace.
Cette visite à Niamey constitue la première étape d’une tournée sahélienne plus large, qui a conduit Wadagni mardi soir à Ouagadougou, puis se poursuivra au Togo, en Côte d’Ivoire et au Ghana. Il devient ainsi le premier chef d’État de la sous région à se rendre successivement dans deux pays de l’AES dès ses premiers jours de mandat. Un signal clair adressé à la fois aux capitales occidentales et aux voisins côtiers : le Bénin entend jouer les médiateurs, sans attendre le feu vert de personne.



