Le nouveau président béninois, Romuald Wadagni, a été reçu en audience privée, jeudi 4 juin 2026, au Palais présidentiel d’Abidjan par Alassane Ouattara. Cette rencontre, sans déclaration officielle à la presse, constitue la première visite officielle du chef de l’État béninois en Côte d’Ivoire depuis son investiture le 24 mai dernier. Elle intervient dans une séquence diplomatique dense pour Cotonou.
Accueilli à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny par le vice-président ivoirien Tiémoko Meyliet Koné, Wadagni a rejoint immédiatement la présidence pour un entretien en tête à tête d’un peu plus d’une heure. Aucune déclaration conjointe n’a été faite à l’issue de la réunion, mais des sources concordantes évoquent des discussions centrées sur le renforcement des liens bilatéraux et les grands dossiers de l’intégration régionale. Le volet sécuritaire et les échanges économiques transfrontaliers auraient notamment été abordés.
Cette visite s’inscrit dans une tournée régionale entamée dès la prise de fonction de Wadagni. Avant Abidjan, le président béninois s’était déjà rendu au Nigéria, au Niger, au Burkina Faso et au Togo. Ce choix de prioriser les voisins immédiats, souvent en proie à des tensions politiques ou sécuritaires, traduit une volonté claire de réancrer la diplomatie béninoise dans son environnement ouest africain. La Côte d’Ivoire, locomotive économique de l’UEMOA, reste un partenaire stratégique pour Cotonou, notamment sur les corridors logistiques et la coopération douanière.
Après Abidjan, Romuald Wadagni est attendu au Ghana. Cette seconde étape permettra de boucler un premier cycle de prises de contact avec les principales capitales de la région. Reste à savoir si cette dynamique débouchera sur des annonces concrètes, en particulier sur la libre circulation des biens et des personnes, ou sur des mécanismes communs de gestion des crises. Les observateurs rappellent que le successeur de Patrice Talon hérite d’une position régionale discrète mais non marginale, et que chaque déplacement est désormais scruté comme un indicateur de sa marge de manœuvre diplomatique.
Le silence médiatique autour du contenu précis des échanges avec Ouattara interroge. En diplomatie ouest africaine, l’absence de communiqué final n’est pas toujours un aveu d’échec. Elle peut révéler au contraire des discussions préliminaires sur des sujets sensibles : la gouvernance sécuritaire dans l’espace côtier, les tensions latentes autour des ressources agricoles, ou encore la posture commune à adopter face aux juntes sahéliennes. Pour Wadagni, fraîchement arrivé au pouvoir, l’enjeu est de montrer qu’il peut traiter d’égal à égal avec les poids lourds régionaux sans pour autant exposer trop tôt ses priorités.
Certaines sources proches de la présidence béninoise évoquent également un échange sur le dossier de la ZLECAf, où Abidjan et Cotonou défendent souvent des intérêts convergents en matière de compétitivité portuaire. La Côte d’Ivoire cherche à sécuriser ses débouchés vers l’intérieur du continent, tandis que le Bénin veut consolider son rôle de plateforme logistique régionale. Dans ce jeu d’influences, le tête à tête du 4 juin pourrait bien avoir posé des bases plus opérationnelles qu’il n’y paraît. L’absence de déclaration officielle n’est pas une faiblesse : c’est souvent, en Afrique de l’Ouest, la marque des affaires sérieuses.



