Le directeur de l’organisation burundaise PARCEM, Faustin Ndikumana, affirme avoir été victime d’une tentative de mise en scène criminelle. Selon lui, des individus non identifiés ont introduit une arme à feu et des grenades dans son bar situé dans le nord du Burundi, dans l’intention de le faire inculper pour détention illégale d’armes et atteinte à la sûreté de l’État. Six employés de l’établissement sont toujours en détention, sans inculpation formelle.
Les faits remontent à la nuit du 17 mai 2026, dans la commune de Ngozi, province de Butanyerera. Un individu non identifié est entré dans le pub « Butanyerera » avec un fusil et un sac contenant des grenades et du matériel militaire, dissimulés près d’un stock de charbon. C’est l’agent de sécurité des lieux qui a découvert les objets, avant d’en informer la direction. La police a été alertée, a saisi les armes, mais a aussi placé en garde à vue six employés. Ndikumana dénonce une détention arbitraire et la fermeture de son établissement, alors même qu’une réunion de sécurité locale avait pourtant permis d’exposer clairement le déroulement des faits.
Ce n’est pas la première fois que Faustin Ndikumana, figure de proue de la société civile burundaise, se heurte au pouvoir. Depuis des années, son ONG PARCEM dénonce la corruption, les défaillances de la gouvernance et les crises économiques. En novembre 2025, le président Évariste Ndayishimiye l’avait publiquement attaqué, moquant son statut de célibataire pour mettre en doute sa légitimité à critiquer la gestion des affaires publiques. Le ministre des Finances, Alain Ndikumana, et le Premier ministre, Nestor Ntahontuye, l’ont également épinglé, l’accusant de chercher la notoriété sur les réseaux sociaux plutôt que de contribuer concrètement au développement. Dans un pays où la marge de manœuvre de la société civile est étroite, ce type de pression est monnaie courante.
À court terme, le sort des six employés détenus est la priorité. Ndikumana appelle la hiérarchie judiciaire à intervenir pour leur libération sans condition. À moyen terme, cette affaire pourrait encore détériorer l’image du Burundi aux yeux des partenaires internationaux et des investisseurs potentiels. L’intéressé lui même le dit : aucun investisseur ne voudra placer ses capitaux dans un pays où l’on emprisonne des innocents pour nuire à un opposant. Si les autorités ne répondent pas clairement à ces allégations, la défiance envers les institutions risque de s’aggraver, à l’intérieur comme à l’extérieur.
L’opposant ne se contente pas d’accuser. Il anticipe le discrédit. Devant les journalistes, il a martelé une profession de foi : « Je n’ai jamais possédé, ne possède pas et ne posséderai jamais d’armes à feu. Mon combat, c’est la bonne gouvernance, le respect de la loi et le développement. » En reliant son cas à d’autres dénonciations partagées par des institutions officielles – y compris le Parlement et le secrétaire général du parti au pouvoir –, il tente de démontrer qu’il n’est pas un opposant systématique, mais un lanceur d’alerte cohérent. Une manière de se prémunir contre l’accusation de sabotage national.
À l’heure où ces lignes sont écrites, aucun responsable gouvernemental ni officiel de la police n’a réagi publiquement aux déclarations de Faustin Ndikumana. Ce silence peut être interprété de deux façons : soit l’enquête suit son cours, soit les autorités estiment ne pas avoir à répondre à un « simple » activiste. Dans un régime où la critique publique reste rare, l’absence de démenti ou de précision officielle fragilise un peu plus la crédibilité judiciaire du pays. En attendant, les six travailleurs du bar restent détenus, sans charge, et le directeur de PARCEM poursuit son combat. Sans illusion, mais sans renoncement.



