Mercredi à Beijing, des dizaines de maires et représentants de villes africaines, notamment du Maroc et du Sénégal, ont participé à un forum thématique sur les échanges entre civilisations, en marge du Dialogue mondial des maires 2026. L’événement, organisé sous l’égide du Bureau de l’information du Conseil des Affaires d’État, vise officiellement à « perpétuer l’amitié traditionnelle » entre la Chine et l’Afrique. Mais derrière les formules convenues, c’est une tout autre ambition qui se dessine : accélérer le transfert de technologies chinoises vers les villes africaines, tout en consolidant l’influence de Pékin sur le continent.
Sui Xiaofeng, vice président de l’arrondissement de Haidian à Beijing, a annoncé une intensification des échanges commerciaux avec l’Afrique, en particulier via l’exportation de résultats scientifiques et technologiques de pointe. Il a cité l’Année sino africaine des échanges humains et culturels comme levier pour favoriser l’adoption d’innovations chinoises en Afrique. De leur côté, les représentants africains ne cachent pas leurs attentes. Khalid Fataoui, envoyé de la maire de Marrakech, a salué le modèle chinois de préservation culturelle tout en appelant à une intégration de l’intelligence artificielle dans la gestion des patrimoines locaux. Le vice maire de Ziguinchor, El Hadji Saer Faye, a quant à lui mis en avant les réussites sénégalaises dans le commerce électronique transfrontalier grâce aux plateformes chinoises.
Ce rapprochement ville par ville ne surgit pas de nulle part. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de la Chine, qui cherche à contourner les lenteurs des sommets interétatiques traditionnels pour miser sur des réseaux locaux de gouvernance urbaine. Depuis les Forum sur la coopération sino africaine (FOCAC), Pékin a compris que les maires, souvent plus opérationnels que les capitales, sont des relais puissants pour imposer son logiciel technologique et économique. Parallèlement, plusieurs pays africains, confrontés à des déficits d’infrastructures et à une jeunesse massivement au chômage, voient dans ces partenariats une bouée à court terme, quitte à s’abandonner à une dette technologique et financière.
Les prochains mois diront si cette dynamique urbaine se traduira par des projets concrets ou restera cantonnée aux déclarations d’intention. La Chine pousse pour que les villes africaines deviennent des terrains d’expérimentation pour ses entreprises de la tech, de la 5G à la reconnaissance faciale en passant par les paiements mobiles. Mais plusieurs risques demeurent : dépendance accrue aux solutions chinoises, absence de transfert réel de compétences locales, et contournement des parlements nationaux au profit d’accords bilatéraux opaques. Les maires africains présents à Beijing devront rendre des comptes à leurs administrés, qui attendent des emplois, pas seulement des discours d’amitié.
Un élément rarement souligné par les agences officielles chinoises est le rôle croissant des jeunes dans cette coopération urbaine. Le vice maire de Ziguinchor a insisté sur le projet de coopération numérique sino sénégalais, qui ouvre aux jeunes une filière dédiée à l’entrepreneuriat dans le commerce électronique transfrontalier. Concrètement, des produits artisanaux et agricoles locaux sont désormais distribués dans le monde entier via des plateformes chinoises. Symbole d’une afro optimisme technologique pour certains, ce modèle interroge pourtant : qui contrôle les données, les algorithmes de recommandation, et les marges générées ? L’amitié affichée entre maires ne doit pas masquer la réalité d’une relation toujours asymétrique, où Pékin fixe les règles du jeu numérique.



