Réunis à Accra du 17 au 19 juin, chefs d’État africains, responsables caribéens et représentants de la diaspora ont adopté une déclaration commune baptisée Accra Next Steps, qui fixe un cadre d’action pour la justice réparatrice liée à l’esclavage et au colonialisme. Au-delà du texte, c’est l’union politique entre l’Afrique et ses descendants de l’autre côté de l’Atlantique qui marque un tournant, salué par les organisateurs comme la fin d’une fragmentation historique.
Le document final, qui compte 46 paragraphes, ne se limite pas à des déclarations de principe. Il prévoit des mesures concrètes : l’intégration de la justice réparatrice dans les programmes scolaires, la création de musées dédiés à la mémoire de l’esclavage, et la restitution d’objets culturels. Mais le sommet a aussi été le théâtre d’annonces tangibles. Les Pays-Bas ont confirmé la restitution de 2 000 artefacts, l’Allemagne s’est engagée à rendre quatre pièces, et le Danemark a promis de financer la préservation du fort de Christiansborg, ancien comptoir négrier situé à Accra. Des avancées qui donnent corps aux ambitions affichées.
Ces promesses interviennent dans un climat de pression croissante sur les anciennes puissances coloniales. Depuis plusieurs années, le débat sur les réparations a quitté les cercles militants pour gagner les institutions internationales, porté par des voix comme celle de la Première ministre barbadienne Mia Mottley. Le sommet d’Accra s’inscrit dans cette dynamique, mais il révèle aussi les fractures persistantes : si certains États européens consentent à des gestes symboliques, aucun ne reconnaît encore formellement sa responsabilité juridique dans les crimes de la traite et de la colonisation. Le texte adopté ne règle pas cette question, mais il offre un cadre pour la maintenir sur la table.
L’enjeu est désormais de transformer cette convergence politique en résultats durables. La feuille de route d’Accra prévoit un suivi régulier et des mécanismes de pression sur les institutions financières internationales et l’ONU, dont une réforme est réclamée. Mais le véritable test sera la capacité des signataires à maintenir ce front uni face aux réticences européennes et à traduire les engagements dans des politiques nationales. Les prochains mois diront si ce sommet fut une simple étape ou un véritable tournant.
Pour Samuel Okudzeto Ablakwa, ministre ghanéen des Affaires étrangères, l’urgence est aussi pédagogique. Il souligne que les débats sur les réseaux sociaux pendant la conférence ont révélé une méconnaissance alarmante des violences coloniales, notamment en Namibie, parmi les jeunes générations. D’où l’insistance sur l’éducation comme levier de long terme. Par ailleurs, la présence remarquée d’une délégation indienne, qui a qualifié le mouvement de « mondial », indique une volonté d’élargir la coalition au-delà du seul espace afrodescendant, signe que la question des réparations pourrait gagner d’autres continents.
Enfin, l’image forte du président ghanéen John Dramani Mahama aux côtés de Mia Mottley a été érigée en symbole du rapprochement inédit entre l’Afrique et les Caraïbes. Un rapprochement qui, selon les organisateurs, permet de « mettre fin à la fragmentation » et de parler d’une seule voix. Reste à savoir si cette unité résistera aux divergences d’intérêts entre États africains, souvent divisés sur la stratégie à adopter, et aux pressions diplomatiques des pays européens. La route est encore longue, mais Accra a posé une pierre qui, cette fois, pourrait bien être décisive.



