Le ministre burkinabè de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, a été élu président du Conseil des gouverneurs de la Banque islamique de développement (BID). Un mandat d’un an qui place un responsable ouest-africain à la tête de l’une des plus importantes institutions financières multilatérales du Sud, avec pour mission de piloter les orientations stratégiques de l’institution djeddahienne.
Cette élection, actée lors de la 51e session des assemblées annuelles du Groupe de la BID à Bakou, en Azerbaïdjan, confère à Aboubakar Nacanabo un rôle central de facilitation des échanges entre les 57 pays membres. Il aura pour tâche d’orienter les débats sur les grands chantiers de développement financés par la banque, notamment dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie et de l’agriculture. Son mandat, bien que temporaire, lui donne une tribune influente pour défendre les priorités des États membres les plus fragiles, parmi lesquels figurent plusieurs pays sahéliens.
Cette nomination intervient dans un contexte de recomposition des alliances financières pour le Burkina Faso, pays en rupture diplomatique avec l’ex-puissance coloniale française et en quête de nouveaux partenaires. La BID, dont le capital dépasse les 200 milliards de dollars, est déjà un acteur majeur du financement de projets au Sahel, et ce choix reflète l’ancrage croissant de Ouagadougou dans les institutions sud-sud. Mais il interroge aussi sur la capacité d’un ministre d’un pays sous sanctions régionales à peser sur des orientations globales, alors que le Burkina traverse une crise sécuritaire et humanitaire inédite.
À court terme, la présidence de Nacanabo pourrait accélérer le décaissement de fonds pour des projets structurants au Burkina et dans la zone sahélienne, en particulier dans le domaine de l’énergie solaire et du désenclavement routier. Toutefois, son rôle reste essentiellement protocolaire et consensuel, le pouvoir exécutif réel de la banque appartenant au président du Groupe, actuellement le Saoudien Muhammad Al Jasser. La vraie marge de manœuvre du ministre burkinabè se jouera dans sa capacité à influencer l’agenda des prochains investissements, notamment en faveur des pays à faible revenu.
Ce mandat confié à un ministre en exercice, et non à un ancien dirigeant ou banquier de métier, est perçu par certains observateurs comme un signal politique fort adressé à la communauté islamique internationale. Aboubakar Nacanabo, qui est également l’un des proches du capitaine Ibrahim Traoré, incarne une génération de technocrates formés sur le continent et rompus aux arcanes des institutions de Bretton Woods. Son élection ne doit cependant pas masquer les défis de gouvernance interne de la BID, régulièrement critiquée pour la lourdeur de ses procédures et le poids prépondérant des pays du Golfe dans ses prises de décision.
Sur le plan diplomatique, cette présidence offre au Burkina une visibilité inattendue sur la scène multilatérale, alors que le pays est souvent perçu comme isolé depuis son retrait de la Cédéao. Elle pourrait faciliter des rapprochements avec des membres influents comme l’Arabie saoudite, la Turquie ou les Émirats arabes unis, déjà très actifs dans la région. Mais elle pose aussi une question de cohérence : comment concilier ce rôle international avec la politique de refondation nationale menée à Ouagadougou, qui repose sur une rupture assumée avec les anciens partenaires occidentaux, sans pour autant offrir une alternative budgétaire crédible à court terme.



