Le Groupe d’action financière (GAFI) a officiellement retiré l’Algérie de sa liste grise, mettant fin à une mise sous surveillance renforcée qui durait depuis près de deux ans. La décision, adoptée à l’unanimité lors de la plénière de Paris, consacre les efforts du pays pour colmater les brèches de son dispositif anti-blanchiment et anti-terrorisme financier. Un tournant réglementaire qui, au-delà du symbole, redessine les perspectives de crédibilité financière d’Alger sur la scène internationale.
Cette sortie effective fait suite à une validation exhaustive du plan d’action que les autorités algériennes avaient négocié avec le GAFI depuis leur inscription en 2024. La mission de vérification conduite sur le terrain en avril 2026, puis l’évaluation positive intervenue en février, ont scellé la décision finale. La délégation menée par le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque d’Algérie à Paris démontre l’engagement politique au plus haut niveau pour boucler ce dossier. Concrètement, le pays a dû démontrer qu’il n’était plus une juridiction à risque pour les flux illicites, un prérequis indispensable pour restaurer la confiance des correspondants bancaires et des institutions de Bretton Woods.
Le placement de l’Algérie sur la liste grise en 2024 avait agi comme un électrochoc, révélant les carences d’un système de lutte contre la délinquance financière jugé obsolète. Depuis, Alger a engagé une refonte législative d’ampleur, avec un amendement majeur voté en juillet 2025 adoptant une approche basée sur les risques, et un durcissement des obligations pour les acteurs économiques. Ce contexte est indissociable de la stratégie globale du pouvoir, qui cherche à diversifier une économie toujours trop dépendante des hydrocarbures. Pour un pays qui ambitionne de réduire sa facture d’importation et d’attirer des capitaux productifs, rester dans le collimateur du GAFI n’était plus tenable, car cela entravait les flux d’investissements directs étrangers dans les secteurs non miniers.
Au-delà de la satisfaction diplomatique, les perspectives sont essentiellement économiques. La levée de cette épée de Damoclès devrait fluidifier les transactions transfrontalières, faciliter l’accès des banques algériennes aux lignes de crédit internationales et améliorer les conditions de financement des entreprises locales. Pour les investisseurs étrangers, c’est un signal de maturité institutionnelle qui réduit le risque perçu. Néanmoins, les autorités ne doivent pas s’endormir sur leurs lauriers. La sortie implique une surveillance continue ; tout relâchement dans l’application des nouvelles règles, notamment sur le contrôle des bénéficiaires effectifs ou la traçabilité des transactions immobilières, pourrait entraîner un retour brutal dans le viseur du GAFI.
Sur le volet opérationnel, les mesures ne se sont pas limitées au secteur bancaire. Les professions juridiques, notamment les notaires, ont été mises à contribution avec des formations spécifiques et la numérisation des études notariales, un chantier sensible dans un pays où l’informel reste prégnant. Le centre national de données créé à cet effet vise à garantir une traçabilité sans faille des actifs. Parallèlement, l’interdiction pure et simple des cryptomonnaies témoigne d’une approche autoritaire mais claire : à Alger, la souveraineté monétaire prime sur l’innovation financière.
Enfin, il serait naïf de réduire cette sortie à une simple question technique. Elle intervient à un moment où la région maghrébine est sous pression concernant les flux financiers illicites. L’Algérie, en donnant des gages de transparence, se positionne comme un acteur fiable par rapport à ses voisins. Cependant, le véritable test sera celui de la mise en œuvre quotidienne. La coopération entre les ministères, la Cellule de renseignement financier et la justice pénale devra être irréprochable. Un seul scandale de blanchiment mettant en cause une entreprise publique ou un haut fonctionnaire pourrait anéantir les bénéfices de ce succès réglementaire. Alger a désormais les outils ; il lui reste à prouver qu’elle sait les utiliser durablement.



