La Chine a annoncé l’effacement de 50 millions de dollars de créances soudanaises. Un geste médiatisé, présenté comme un soutien de Pékin à Khartoum. Mais au regard de l’endettement réel du pays, cette décision relève davantage de l’affichage politique que d’une avancée substantielle. Pour les observateurs avertis, elle ne modifie en rien l’équilibre financier désastreux du Soudan.
En réalité, ces 50 millions de dollars représentent une fraction infime des 4 milliards dus à la Chine, eux-mêmes noyés dans une dette extérieure totale estimée à 64 milliards de dollars en juillet 2022. Plusieurs experts, dont le diplomate américain David H. Shinn, soulignent que ce montant officiel est très probablement sous-évalué. Certaines estimations non officielles avancent même un chiffre quatre fois supérieur. L’effacement chinois, aussi symbolique soit-il, ne touche donc qu’à la marge d’un fardeau qui écrase l’économie soudanaise.
Khartoum avait pourtant obtenu en 2021 un accord de restructuration de sa dette, alors jugée insoutenable par les institutions financières internationales. Mais le coup d’État mené par le général al-Burhan en octobre de la même année a gelé ce processus. Depuis, la guerre civile, les destructions d’infrastructures, l’effondrement de la production agricole et une inflation galopante ont plongé le pays dans une crise économique profonde. Les créanciers historiques, notamment les pays du Golfe, restent les premiers détenteurs de la dette soudanaise, bien avant la Chine.
Sans reprise du dialogue avec le FMI et la Banque mondiale, sans retour à une gouvernance civile reconnue, le Soudan n’a aucune perspective crédible de désendettement. La reconstruction post-conflit, déjà évoquée par les experts, nécessiterait des dizaines de milliards de dollars, bien au-delà des capacités d’un pays dont le budget est en ruine. L’aide chinoise, aussi bienvenue soit-elle sur le plan diplomatique, ne préfigure en rien un plan de sauvetage économique. Elle risque même de brouiller les signaux envoyés aux autres créanciers.
Pour tenter de survivre, Khartoum mise sur ses ressources minières, en particulier l’or, dont les exportations ont rapporté environ 3 milliards de dollars ces deux dernières années. À cela s’ajoutent la gomme arabique et le bétail, mais ces filières ne suffisent pas à combler le déficit structurel. Surtout, l’absence de données fiables complique toute analyse : la banque centrale n’a plus publié de chiffres officiels sur la dette depuis quatre ans. Dans ce vide d’information, la chercheuse Selma El-Obeid rappelle que l’urgence n’est pas seulement financière, mais aussi humanitaire et logistique, pour préparer l’après-guerre. Or, sans transparence ni réformes, aucun allié, pas même la Chine, ne pourra changer la donne.



