Selon le dernier « Global Critical Minerals Outlook 2026 » de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le déficit mondial d’offre de cuivre à l’horizon 2035 est désormais estimé à 25 %, contre 30 % un an plus tôt. Cette amélioration, bien que modeste, est principalement attribuée à l’intégration dans les modèles de prévision de nouvelles capacités de production attendues en Afrique, et plus spécifiquement en République démocratique du Congo et en Zambie. Le constat est clair : sans cette contribution africaine, les tensions sur le marché du métal rouge seraient structurellement plus aiguës.
Ce réajustement à la hausse des perspectives d’offre repose sur des chiffres concrets. À eux seuls, la RDC et la Zambie devraient ajouter 650 000 tonnes de capacité de production aux prévisions pour 2035 par rapport au rapport précédent. En RDC, cette dynamique est portée par l’exploitation accrue de gisements de cuivre oxydé, soutenue par des capitaux chinois, et par l’extension de mines majeures comme celle de Kisanfu, opérée par le groupe CMOC. En Zambie, c’est le projet d’extension de 2 milliards de dollars de la mine Lumwana, mené par le canadien Barrick Gold, qui constitue le principal moteur de cette révision.
Cette révision intervient dans un contexte de tensions structurelles sur le marché du cuivre, métal stratégique pour l’électrification des transports, le déploiement des centres de données et la défense. L’offre mondiale est contrainte par la baisse des teneurs des gisements, la hausse des coûts d’investissement et les délais de développement toujours plus longs. La demande, elle, ne fléchit pas. L’AIE rappelle que ces facteurs rendent le marché structurellement vulnérable, d’autant que de grandes exploitations, comme Kamoa-Kakula en RDC ou Grasberg en Indonésie, ont récemment connu des perturbations opérationnelles qui ont conduit l’International Copper Study Group à réviser à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026.
Si les nouvelles projections de l’AIE sont moins alarmistes, elles ne signifient en rien la fin des risques. Le déficit de 25 % reste considérable, et sa réduction dépend de la mise en œuvre effective des projets identifiés, ce qui est loin d’être acquis. Des facteurs exogènes, comme les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, menacent déjà les chaînes d’approvisionnement en acide sulfurique, un intrant essentiel pour la lixiviation du cuivre, une méthode utilisée pour 45 % de la production congolaise. Le marché reste donc sous pression et les prévisions de l’AIE, bien qu’améliorées, reposent sur des hypothèses fragiles.
L’ajustement des prévisions ne doit pas masquer la permanence des défis opérationnels sur le continent. L’histoire récente de l’industrie minière en Afrique est jalonnée de projets qui n’ont pas atteint leurs objectifs de production, en raison de fluctuations des cours, de contraintes énergétiques ou de l’instabilité du cadre fiscal et réglementaire. La contribution annoncée de 650 000 tonnes, bien que significative, représente une goutte d’eau dans un marché mondial de près de 30 millions de tonnes, et sa concrétisation exige des conditions politiques et économiques stables qui, en RDC comme en Zambie, sont loin d’être garanties.
Au-delà du seul cuivre, cette mise à jour des perspectives illustre un basculement plus large : l’Afrique s’impose comme un acteur incontournable dans la sécurisation des chaînes d’approvisionnement mondiales en minéraux critiques. Le potentiel géologique du continent n’est plus à démontrer, que ce soit pour le cuivre, le lithium ou les terres rares. La véritable question, désormais, n’est plus seulement celle de l’extraction, mais celle de la capacité des États à transformer cette manne en développement industriel durable, en emplois et en recettes fiscales, plutôt qu’à perpétuer un modèle de simple fournisseur de matières premières.
Le rapport de l’AIE souligne ainsi un paradoxe. D’un côté, l’Afrique est reconnue comme une solution au problème de l’offre mondiale. De l’autre, elle reste dépendante de capitaux étrangers et de technologies importées, exposant ses économies aux aléas des marchés financiers et aux décisions stratégiques des grandes multinationales. La révision des prévisions, bienvenue, ne doit pas occulter cette réalité : la sécurité d’approvisionnement du monde repose de plus en plus sur les épaules du continent, mais celui-ci n’a pas encore les leviers pour en fixer les termes.



